Alerte : un individu patibulaire cherche à pénétrer l’enceinte de l’école…

Dans quelques jours, nous allons devoir faire un exercice « alerte intrusion ». Cet exercice vient s’ajouter aux autres, « alerte évacuation » et « alerte confinement ». Pour faire simple, soit on fuit parce que le danger est dedans, soit on se calfeutre parce que le danger est dehors, soit on se planque parce que le danger est armé.

Chaque année, ça me gloupse, ça me pfouuuu, ça me poh-poh-poh. Fuir en ordre discipliné parce que ça crame derrière, bon ok. Dérouler des km de scotch sur le pourtour de mes immenses baies vitrées et mettre des linges mouillés en bas des portes parce qu’un camion a explosé sur l’autoroute toute proche, admettons. Mais là, cacher mes élèves en leur faisant chut chut chut parce qu’on fait semblant qu’une personne malveillante est en train de s’introduire dans l’école : je bloque. Déjà, je ferme le portail à clé chaque matin, obéissante comme une fonctionnaire, mais c’est plus pour éviter une évasion d’élèves (un coup de sang, hop : ciao les maîtresses, j’me tire ! Oui on préfère éviter…) qu’une intrusion. Le portail en question fait un mètre vingt de haut, même moi je l’enjambe en 4 secondes… Allez, 10, soyons modeste. On ferait mieux de m’apprendre à parlementer avec un barge, à amadouer un violent, à détourner les intentions évidentes d’un mec parti en vrille (ou d’une nana, d’ailleurs), parce qu’en toute franchise, il n’y a aucune chance pour que je le vois arriver avant qu’il surgisse dans ma classe, l’individu.

Ouais, je bloque. Laisser mes petits élèves de 8 ans imaginer ce truc hallucinant, irréel, terrifiant : quelqu’un pourrait entrer ici, à l’école, et nous faire du mal ! Non, je ne peux pas. Pendant l’exercice, les autres années, on a fait nos fortiches avec ma collègue. Aux plus inquiets, on a dit : « Bah, tu plaisantes ? Ça n’arrivera pas, et si ça arrive quand même, regarde-moi (gonflage de biceps) t’as vu si je suis musclée ? (là ils rigolent en général) T’inquiète, je suis ceinture noire de Yoseikan Budo, même pas peur. Si, c’est vrai. » Ensuite on reprend un air sérieux, et on assène un très convaincu « Ne te fais pas de souci, personne ne te fera de mal ici, on te protège. »

On leur dit ça parce qu’un enfant doit se sentir en sécurité, quitte à lui mentir effrontément, c’est notre conviction.

J’en peux plus de ces conneries…

kenjutsu-yoseikan

Yoseikan Budo (spécial clin d’oeil à toi, Patricia 😉