L’homme de la nuit.

Un petit texte inspiré de cette photo, avec l’aimable et complice autorisation du GarsEnDouble

sepia

Je ne l’avais jamais vu qu’ourlé d’ombre. Un homme de la nuit, un homme baigné de mystère, un homme à la voix grave et aux gestes feutrés, toujours bien habillé, raffiné, l’homme de mes soirées.

Restaurants, boîtes de nuit, cabarets, promenades nocturnes dans un Paris lumineux et complice, je vivais avec lui les moments exquis d’une relation riche et étonnante, étourdissante… De nos interminables conversations n’émergeaient rien de sa vie quotidienne. Je ne savais rien de lui, s’il était marié, s’il avait des enfants, où il travaillait, où il vivait. Il me donnait rendez-vous par mail, il passait me prendre devant chez moi, il m’emmenait dans tous les coins de la Grande Ville, ce qui me laissait supposer qu’il ne craignait pas d’être vu en ma compagnie, que notre liaison n’était pas clandestine. Je supposais, je supposais des tas de choses, me promettais de lancer le sujet dès que possible, mais lorsque j’étais face à lui, il menait la conversation de telle manière que l’occasion ne se présentait jamais. J’avais fini par m’en contenter.

Nos soirées se terminaient invariablement dans mon appartement. Il prenait à l’orée du désir un regard de fauve qui me liquéfiait. Son grand corps concentré sur mon plaisir, à l’affût du moindre soupir, il me surprenait à chaque fois, et c’était bon. Si bon que plus rien ne m’importait dans notre liaison que ce plaisir mille fois renouvelé.

De rendez-vous en rendez-vous, nos corps se prirent à s’accorder. Les maladresses des premiers temps laissant la place à la précision de l’expérience qu’on a de l’autre. Nous sommes devenus peu à peu des amants réguliers. La pénombre pour nous entourer. Des lueurs incertaines pour magnifier sa peau et la mienne. J’aurais passé des heures à contempler ce grain que les lumières tamisées et tremblotantes des chandelles illuminait.

Sa peau…

Magnétique quand débutait la soirée et que le jeu de la séduction reprenait où on l’avait laissé.

Volcanique quand la porte de mon appartement à peine fermée nous jetait l’un contre l’autre en une lutte amoureuse de désir exacerbé.

Alanguie quand la joute était terminée et qu’on reprenait nos esprits, essoufflés et heureux, déjà rieurs, déjà ailleurs.

Frissonnante quand au cœur de la nuit il s’apprêtait à partir, debout sur le palier.

C’est là que je lui ai dit.

Mon homme de la nuit…

9 commentaires sur « L’homme de la nuit. »

  1. J’avais lu et adoré ce billet avant de voir l’ajout de la dédicace; j’étais séduit, je suis maintenant touché 🙂 D’une grande ville à l’autre, ces mots résonnent d’une nouvelle façon et me donnent à nouveau envie d’explorer le Paris nocturne. Merci pour ce superbe billet!

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  2. Merci Camille, nous étions en manque ! Une jolie mise en bouche, et cette question qui nous hante : qu’est ce qu’elle a bien pu lui dire ? Aurons-nous le plaisir de lire la suite ? Un affamé de vos mots.

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