Le réveil de la cigale

Bonjour à vous, copains d’écrans !

Mon nouveau roman est en cours d’écriture, je vous en livre le premier chapitre. Il s’appellera « Le réveil de la cigale », mais ça peut changer, vu que je l’ai trouvé à l’instant… N’hésitez pas à commenter, bien-sûr, comme toujours, à être critiques, c’est le but pour que je progresse, à signaler les fautes (hey, les gars, sur mon dernier billet : Morphée c’est un HOMME ! rhôooo la honte… et personne pour me le dire et se foutre un peu de mon inculture, enfin, soyez réactifs, nom d’une pipe en bois d’sapin !). 

Je ne mettrai pas l’intégralité du roman en ligne, mais de temps en temps, j’en livrerai des bribes, histoire de vous allécher (du moins je le souhaite !).

Voilà, bonne lecture, et adishatz, les zamis, la journée va être belle. 

 

Le réveil de la cigale, chapitre un.

 

            Je suis contente de te voir, il y a longtemps que tu ne m’avais pas rendu visite… C’est important d’avoir quelqu’un à qui parler. J’aime bien quand tu m’écoutes. J’aime bien quand tu es là. Je m’ennuie. C’est moche de se faire chier comme ça à trente-sept ans à peine. Regarde-moi, je suis là, dans mon canapé, et je regarde la poussière se déposer. Dès que je la vois, je bondis pour attraper mon chiffon et lustrer le rebord des meubles, le dessous des objets, le derrière des cadres. Quand je chope le prétexte pour démarrer, le premier grain qui luit dans la lumière, la petite grisaille sitôt déposée aussitôt repérée, je me démène comme une enragée. C’est pour me donner un truc à faire. Je l’espère, cette putain de poussière, je la vénère, elle m’occupe, elle me fait bouger les mains et agiter le cul. Je te jure, il y a des jours, j’en tremble en frottant le dessus du chambranle des portes, je souffle et je halète en remuant de tout le corps. On dirait Martina Navratilova. La mini-jupe en moins. Et le compte en banque. Et puis je ne suis pas gay.

Oui, j’ai le linge aussi, j’en suis venue à repasser mes collants. J’ai lu le truc dans un magazine qui traînait chez ma gynéco, comme quoi ça les rendait plus solides de les repasser. Une corvée de plus, c’est du temps d’ennui en moins. Sinon, je passe les cotons tiges dans les prises électriques, c’est fou ce que ça s’encrasse, tous ces petits recoins.

Et le balai. C’est bien le balai, on ramasse toujours quelque chose, on fait des petits tas, des rassemblements, on bataille avec le coin des meubles… C’est bien, le balai. Un bon compagnon.

J’aime bien quand tu m’écoutes. J’aime bien quand tu es là. Parce que je m’ennuie…

Elle replia les jambes, s’installa en tailleur dans le moelleux du canapé, étira son dos, releva ses cheveux, se massa le visage… bâilla. Et puis elle resta un moment les yeux dans le vague, et d’un coup elle se leva, ouvrit le frigo, prit une cannette de bière, sourit, la reposa, toucha un instant celle de coca, sourit encore, choisit plutôt de l’eau gazeuse. Elle la versa dans un grand verre qu’elle ramena avec elle dans le salon. Elle posa son épaule contre le bord de la baie vitrée, et regarda longuement le jardin, pensive. Elle but une rasade, plissa son nez qui lui sembla pétiller sous l’effet des bulles, et s’inspecta elle-même dans le reflet de la vitre.

Je fais gaffe à ma ligne. Oh, lui, il s’en fout, c’est pour moi. Je ne crois pas qu’il s’en apercevrait si je prenais dix kilos, il dirait : Ah ? Tu crois ? J’ai pas remarqué, moi…

Il répond ça à toutes les remarques que je lui fais. L’herbe a poussé dans le jardin, il faudrait tondre : Ah ? Tu crois ? J’ai pas remarqué, moi… Il y a une fuite dans la remise, ça coule dès qu’il y a une grosse pluie. Ah ? Tu crois ? J’ai pas remarqué moi… La voisine doit être enceinte, elle, je l’ai vue rentrer chez elle chargée d’un tapis de change. Ah ? Tu crois ? …

Connard.

Oui, je sais je ne devrais pas parler comme ça de lui, mais ça me défoule. Personne n’entend, on n’est que toi et moi, non ? Avec les autres, je suis obligée de faire comme si, tout le temps. Ils passent leur temps à louer sa gentillesse, son calme, son intégrité, son intelligence, sa finesse d’esprit, son respect des autres, son empathie et je t’en passe. Tout est vrai, mais moi, je maudis sa passion.

Je les entends, les autres, mais qu’est-ce qu’elle a à se plaindre ? Elle a tout. Oui, j’ai tout. Sauf un bébé mais ça, ce n’est pas de sa faute à lui, hein ? Il y a mis de la bonne volonté, quand même, il s’est plié à tous les tests, à tous les essais, à tous les tracas autour des courbes de températures et de scabreux plaisirs dans des tubes en plastique. Qu’est-ce que tu veux : ça n’a pas marché, ça n’a pas marché ! Il n’y peut rien.

On n’a jamais trouvé pourquoi ça ne prend pas. Les bébés refusent de s’accrocher dans mon ventre. Ça doit glisser à l’intérieur comme sur un rebord de banquise, glacial et sans rien pour se tenir. On a beau les poser là où c’est censé être chaud et accueillant et moelleux, ils ne tiennent pas, ils dérapent et je serre les fesses mais ça m’échappe quand même. Plouf. Dans les chiottes. Mes bébés dans les cabinets, c’est beau comme image, ça non ? A chaque fois, j’ai pleuré comme une fontaine pendant des jours et lui il disait que ce n’était pas encore des bébés, juste un micro bout de lui et un micro bout de moi pas encore transformé en nous, que je ne devais pas voir les choses comme ça, que deux cellules n’ont pas encore d’âme, et surtout pas de prénom. Mais moi j’avais déjà projeté, imaginé, fantasmé, rêvé. Et bien-sûr que le bébé que j’avais tenu dans mes bras en rêve il avait une âme. Et un prénom.

On a cessé de s’acharner. J’ai arrêté d’y croire. Il a été soulagé, je pense. Olivia m’a dit que peut-être la nature est bien faite, et que si ça ne prend pas c’est que c’est mieux. Elle a dit ça avec un regard tout plein de condescendance, comme quoi on aurait fait un monstre sans doute, si on avait été à terme. Ou pire, deux monstres, vu que c’est souvent des jumeaux quand on force la nature. Mais je sais ce qu’elle pense au fond, elle pense que j’aurais été une mauvaise mère. Les bébés, ils ne me veulent pas comme mère, ils sentent que je ne serais pas à la hauteur. C’est ça qu’elle pense et qu’ils pensent tous au fond d’eux, les autres avec leur regard mielleux et leurs hochements de tête désolés. Et lui aussi, il pense ça, j’en suis sûre.

Dans la rue, on entendit le bruit d’un moteur qui ralentit devant la maison. Le craquement du frein à main, la radio qui sembla hurler et dans la seconde fut éteinte. Jean claqua prudemment la portière de sa voiture, ouvrit celle du coffre pour attraper les sacs de courses et les rentrer dans la cuisine. Il faisait tout avec lenteur, et une sorte d’application très contrôlée. Chacun de ses gestes était parfaitement mesuré, son regard se posait sur le monde tout autour de manière à anticiper ce que son corps allait devoir accomplir pour préserver l’équilibre absolu qu’il désirait pour sa vie. Ses pieds se posaient avec précision, sa posture entière était maîtrisée, ses émotions également. Cette manière de se mouvoir lui valait bien quelques moqueries de la part de ses très nombreux amis, mais c’était des pichenettes attendries, de petits tacles complaisants qui ressemblaient plus à des compliments pudiques qu’à de véritables reproches.

Et le fait est que Jean était un homme sur lequel on pouvait compter. Rêveur certes, lunaire même, sans doute, fréquemment perdu dans des circonvolutions intérieures totalement inaccessibles pour son entourage, c’est indiscutable, mais il était là en cas de pépin, là pour dépanner, là pour aider, présent, inquiet pour les autres, réactif, efficace. Avec lenteur, bien-sûr, mais efficace quand même.

Il entra dans le vestibule, posa les commissions à ses pieds, ôta son pardessus et l’accrocha précautionneusement sur la patère. Il récupéra son téléphone portable dans sa poche droite pour le déposer sur la commode de l’entrée. Une antiquité qui lui venait de sa grand-mère. Un beau meuble épais, solide, lustré par les décennies, élégant par sa sobriété. Il reprit ensuite les sacs, et s’avança dans la cuisine en lançant un « t’es là, chérie ? » qui emplit d’un coup toute la maison. Il entendit alors la baie vitrée coulissante du salon se refermer dans un bruit mat, les talons de son épouse claquer sur le parquet du salon, et elle apparut, souriante, dans la cuisine.

– Tu viens du jardin ? lui demanda-t-il.

– Non, je faisais sortir le chat. Je t’aide à ranger les courses ?

– Oui, merci. J’ai pris des sushis pour ce soir, j’espère que ça te convient ?

Elle hocha la tête, oui oui, ça va, les sushis, pourquoi pas.

Chacun de son côté se mit à ranger les diverses boîtes, sachets et paquets d’un côté ou de l’autre de la cuisine. Lorsqu’il la croisait, Jean laissait glisser une main sur les hanches de sa femme. La tendresse et l’affection étaient présentes dans chacun de ses regards et chacun de ses gestes. Caroline lui sourit à plusieurs reprises, et déposa un baiser sur son cou avant qu’il ne disparaisse dans son bureau en annonçant qu’il allait rejoindre ses bestioles. Caroline lui répondit en riant : »C’est ça, disparais avec tes larves ! Moi, je vais bouquiner. » Elle ajouta quelque chose pour elle-même qu’il ne remarqua pas. Il disparut effectivement, pour ne réapparaître que lorsque la nuit était déjà tombée. Il la trouva dans la pénombre, elle avait son livre à la main, ouvert, et le visage penché sur les pages. Elle n’avait pas remarqué que la lumière n’était depuis longtemps plus suffisante pour voir les caractères. Il la crût endormie. Elle le laissa le croire.

8 commentaires sur « Le réveil de la cigale »

  1. Hé ! Contente de te lire ! 🙂 Pas de doute on est très loin de « Chloé » et pourtant on retrouve bien ton écriture. Vivante ton écriture, avec un je ne sais quoi qui suggère le malaise dans une histoire à peine effleurée… oui, il y a des trucs bizarres dans la vie de tes personnages… ça laisse présager de bien beaux extraits à venir !

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  2. Borderline, la dame, alors épuisante… Tu nous fais courir le mille mètres sans échauffement, là. Mais je prends. Que cache l’homme parfait ?

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