Extrait du « Réveil de la cigale », roman en cours d’écriture.

Voici un tout petit extrait de mon roman « Le réveil de la cigale ». Caroline est mon personnage féminin principal, elle est artiste peintre, Jean est son époux, passionné d’insectes. Ils préparent un voyage aux States pour assister à l’éclosion des fameuses cigales de dix-sept ans. Lors de cet extrait, ils accueillent un couple d’amis proches, Yves et Olivia, et leurs deux enfants. 

            Ils étaient tous rassemblés autour de la table du jardin, le weekend qui précédait le départ, et papotaient tous les quatre en sirotant leur apéritif pendant que Mila crayonnait justement à leur côté et que Léopold s’agaçait sur sa console. Jean et Caroline avaient bien-sûr évoqué leur voyage, pressés de questions par leurs invités. Jean décrivait le motel qu’il avait choisi, judicieusement placé dans une zone susceptible de voir éclore les fameuses cigales de dix-sept ans, dans le New Jersey, au cœur d’un parc magnifique, le Wharton State Forest, sur la route 206. Il avait précisé que cette route menait à Springfield, et donné le nom d’Atsion Lake, en anglais, montrant ainsi qu’il avait potassé la carte. Caroline souriait, attendrie, et Yves avait demandé ce qui se visitait à cet endroit là.

            – Nous ne sommes pas très loin de Philadelphie, et j’espère pouvoir faire un saut à New-York, répondit Jean, j’aimerais emmener Caro voir Guggenheim, il paraît que c’est fabuleux. Aux dires de sa mère en tout cas, et concernant les musées d’art, je la crois sur parole. Mais en toute franchise, le coin est surtout particulièrement paisible, entouré d’une immense forêt, et le lac est somptueux. Caro pourra lire, se reposer, courir, et peindre. Du moins je l’espère…

            Olivia avait penché la tête vers lui, en souriant gentiment. Caroline avait opiné, vaguement déconcertée mais sans savoir pourquoi exactement. Et Yves avait demandé ce qu’elle pensait emmener pour pouvoir travailler là-bas. Et là, Caroline avait tout à coup réalisé que ce voyage serait statique, dans un même lieu, la transposition de sa vie à un autre endroit du monde, et pour la première fois depuis l’annonce du départ, elle avait ressenti une angoisse terrible. Depuis le début, depuis que Jean avait parlé de partir aux Etats-Unis, elle se voyait, en voiture à ses côtés, la carte routière dépliés sur les genoux, la ligne de bitume chauffé de soleil se déroulant à perte de vue. Elle se voyait parcourir à pied des « streets » numérotées, soigneusement perpendiculaires, elle s’imaginait lever les yeux à la recherche du ciel bleu entre les têtes des immeubles gigantesques, en tenant son chapeau, en ayant le tournis, en riant avec Jean. Elle se voyait déguster des hot-dogs sur les bancs de parcs publics, elle se voyait prendre des photos de boutiques improbables, elle se voyait ébahie, bousculée, nourrie, épuisée de nouveautés, stupéfaite de grandeurs, bouleversée de surprises.

            Les trois autres attendaient que Caroline réponde à Yves, et celle-ci avait laissé glisser son regard vers Mila et son dessin d’enfant, appliqué et convenu, soleil en haut à gauche, dans un coin, nuage dodu et très blanc, arbre à fruits rouges près d’une maison à deux fenêtres, calées dans les coins elles aussi et une porte bien centrale. Les choses symétriques et rangées, attendues, la fleur qui penche, l’herbe qui hérisse le sol, et une fillette à couettes qui sourit. Elle ne peut que sourire puisque tout est si bien rangé, si rassurant. Elle n’a pas de raison de paniquer. Elle ne peut que grandir tranquille, l’avenir est sécurisé, rien qui dépasse, elle va rentrer dans sa maison et faire gentiment ses carreaux. Le ciel bleu est propre, la fillette ne tentera aucune sortie du cadre.

            – Je reviens aux fondamentaux, a-t-elle donc décidé à haute voix, je n’emmène qu’un bloc de papier blanc et des crayons de couleur.

8 commentaires sur « Extrait du « Réveil de la cigale », roman en cours d’écriture. »

  1. Alors évidemment je pense à pleins de trucs avec ton extrait. Entre le titre de ton histoire et ces lignes qui nous font part de l’éclosion à venir je pense à d’autres éclosions, des trucs comme le commencement, les origines, l’avènement de quelque chose… bref tout me semble possible et envisageable et terriblement frustrant si tu nous livres au compte-gouttes ce roman… 🙂
    Bonne inspiration Camille !

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    1. J’y travaille beaucoup, j’y pense tout le temps, j’en rêve même parfois, et… tu connais, Laurence, ça prend la tête ! Je ne le livre pas complètement, non, pas comme Chloé, simplement parce que la forme ne s’y prête pas, donc des petits passages, comme ça, quand ça me prend, pour titiller le chaland et tester mes mots, un passage, un morceau qui me paraît pouvoir résonner hors contexte pour les lecteurs du blog.
      A très bientôt, Laurence, je raffole, tu sais, de tes tableaux…

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  2. C’est po juste, Carnets a pris toutes les bonnes expressions !! « Larvée », « la fourmi », tout ça, je m’offusque !!… Quand, dans l’american way of life, on déchiffre la route que prend notre vie genre voie de garage sans le cambouis, juste un brin d’ennui.
    Caro, « carreaux », joli symbolisme !

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    1. Merci d’avoir remarqué ! Mon expression favorite est plutôt « retourne à tes confitures », mais là… Ça s’imposait !
      Carnets est très réactif, c’est vrai. Mais ne t’inquiète pas petit padawan, ton heure viendra. 😉

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  3. Dormir 17 ans, quel pied ! 🙂 Bon, blague à part, on dirait qu’il y a comme un petit désaccord larvé (de cigale) entre le héros et l’héroïne… ça promet des fissures et un réveil, mais pour quelques semaines ou plus longtemps ? A moins qu’une belle fourmi n’emmène la cigale à Las Vegas, des étoiles plein les yeux….
    allez, la suite, et plus vite !!

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    1. Je n’ai jamais écrit aussi vite, et j’avance bien, mais donner des extraits, comme ça, sortis du contexte, c’est délicat : donner envie, mais ne pas tout dévoiler tout en laissant supposer… 😉
      En tout merci d’être passé, encore une fois !

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      1. bon alors, écris vite et bien, décroche un éditeur et rendez-vous pour la rentrée littéraire 🙂
        « merci d’être passé » ? ben si tu mets des trucs en ligne, c’est bien pour qu’on passe les regarder, non ?

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      2. Je vais m’y atteler, promis.

        Oui, évidemment, mais on peut « glisser » sur le billet dans le reader sans prendre la peine de lire, commenter comme tu le fais fidèlement… Pour ça merci, c’est un minimum de te le dire ! 😉
        D’ailleurs, j’étais en vadrouille aujourd’hui, mais je sais qu’un petit renard m’attend…

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