Extrait suivant, les amis !

Je suis très flash-back, ces temps-ci, avec mon personnage principal. Il y a une torsion de l’espace-temps de ouf, mais c’est moins rigolo que dans Retour vers le Futur… Séquence émotion de nouveau, mais on sort du tourniquet. Cette fois-ci on est sur du velours, du calme, du tout doux. Caroline se remémore un moment de tendresse apaisée, et c’est bon de lui offrir ça. 


         On s’est engagés sur un chemin de terre, un chemin agricole, tu vois ? Comme quand j’étais petite, avec les traces pour les roues de chaque côté et l’herbe au milieu. On est obligés de rouler tout doucement, à cause des nids de poule. J’adore cette sensation de l’herbe qui frotte au ras de nos pieds, sous le bas de caisse, ça résonne dans l’habitacle. Ça me projette dans mon enfance, quand papa m’emmenait à la pêche, tôt le matin. On partait et l’herbe était mouillée et le jour tout propre et frais, le soleil encore endormi, à peine levé, on dirait qu’il s’étire, qu’il bâille. On partait sur la barque. Tous les deux. Du silence pendant des heures. Juste des clapotis, la rame en bois qui plonge doucement dans l’eau, dans les algues, qui cogne parfois sur le bord du bateau, bois contre bois, un son sourd, rassurant… J’ai plein de bruits qui me reviennent, le pop’ des boîtes en plastique avec les asticots tout blancs qui gigotent dans la sciure. C’est pas peintre, que j’aurais dû faire, c’est musicienne ! Les sons… Oui, évidemment, musicienne, maman n’aurait pas supporté. Musicienne comme lui ? Pas question, tu penses bien !

      Il m’emmenait là et il disait « On est bien ma jolie, hein ? On est bien, là, tous les deux, loin de la foule déchaînée ? ». Moi, je laissais traîner ma main dans l’eau, il me souriait, il parlait à voix basse, il disait « Tu imagines  ma chérie ce qu’ils voient, les poissons ? Des petites boudins roses qui entrent dans leur ciel, qui bougent leurs nuages, qui avancent et reculent, et puis hop, qui s’en vont… Tu es leur extraterrestre en fait ! Demain, dans la Gazette de la Truite Argentée, il y aura un article long comme ça sur l’apparition de boules roses non identifiées… Tu vas leur coller une de ces frousses… » Je rigolais, je pouffais en me retenant pour ne pas faire de bruit, pour ne pas effrayer les poissons, j’imaginais les truites avec des lunettes qui lisaient le journal, et on se bidonnait, lui et moi.

9 commentaires sur « Extrait suivant, les amis ! »

  1. Il est drôlement court ton extrait ! Mais les souvenirs c’est aussi cela ! Des instantanés qui jaillissent d’un coup et puis repartent en laissant des sentiments mitigés sur les souvenirs. Celui-ci est tendre et le reflet d’une joie de vivre presque contagieuse 🙂

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      1. ça ne m’étonne pas ! on perçoit bien l’aisance avec laquelle tu entres dans les souvenirs. Ton écriture met bien en valeur une certaine idée de transmission. Des confidences qui suggèrent des temps importants dans l’existence de ton personnage.

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      2. Il me paraissait être une parenthèse… un moment paisible dans la vie de ton personnage…suggères-tu que de celui-ci découle un drame ?

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  2. J’imagine les gros titres de la Gazette de la truite argentée après une partie de pêche fructueuse : »Horrible drame hier dans l’étang ! Une famille de truites détruite !….Les autorités piscicoles rappellent les règles de sécurité natatoires: Ne laissez pas les alevins sans surveillance, ne suivez pas n’importe quel vers entre-deux-eaux, signalez les hameçons flottants…. »
    🙂

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