Consensus ? Mon cul !

Ah ouais, je l’aime bien celui-ci là, de titre, il est bien croustillant. Il cartonne à peu près autant que le sujet de mon article (je travaille mon sens du teasing, fais pas gaffe).

Faut dire que je suis en forme. Oui, absolument, j’ai une super patate. Depuis quelques jours, les collègues et moi, on frétille d’aise. Oui, messieurs dames, ça roucoule au poulailler. Car l’affaire n’est pas banale, on peut même dire que nous vivons un moment historique : notre hiérarchie a décidé de nous faire confiance.

Si.

Je vous raconte.

Bon, d’abord, pas d’affolement, la confiance ne concerne pas ce pour quoi j’ai été formée et ce pour quoi je me lève chaque matin. On continue à me demander de tout planifier, projeter, expliquer, concernant toutes mes actions, de laisser des traces pour la moindre décision, de justifier continuellement ce que je fais, ferai, ai fait, faisais, ferais, aurais dû faire, avec çui-ci ou celle-là… et ensuite de faire un retour pour voir si ça a marché. On me demande donc de passer plus de temps à réfléchir à ce que je devrais faire qu’à le faire vraiment (et à prouver que j’y réfléchis surtout, en trois exemplaires). Ah oui, on continue à me fliquer en formation aussi, histoire de vérifier ma présence (on sait pas, si je m’échappe !) Enfin, bref, la confiance nouvellement acquise ne concerne pas mon boulot, tu l’auras compris. En même temps, être surveillée comme à 11 ans, ça me maintient jeune d’esprit, faut voir le bon côté.

D’habitude, on nous considère donc à peine capables de gérer notre propre formation, de prendre les responsabilités et les initiatives qui relèvent directement de notre tâche, et là paf, d’un coup d’un seul : on est jugées aptes à trouver un consensus entre les intérêts de la mairie, les inquiétudes des parents, et le bien-être des enfants. Notre statut a pris du galon de ouf, et tout ça en un décret. C’est pas beau ?

Pour comprendre la suite, il faut savoir que dans une école, tout, absolument tout, est financé par la mairie excepté les salaires de enseignants. Vous pouvez donc aisément savoir si votre mairie a de la considération pour l’Ecole Publique en regardant si celle-ci est correctement équipée, réparée, entretenue, voire rénovée.

Alors, le problème, ce sont les rythmes scolaires. Restera à 4 jours et demi ? Repassera à 4 jours ? La mairie, elle, elle veut ça : supprimer ces activités qui coûtent une blinde. Parce que payer ça pique, on te l’a dit, déjà. Donc si on décide de garder le même rythme, la mairie fera participer les parents au financement des activités après la classe, à savoir 108 euros par an et par enfant. Je te laisse calculer pour trois gamins, je te laisse penser à ce que devient progressivement notre belle et grande Ecole de la République, publique, gratuite, obligatoire. Je te laisse faire un rapide calcul de ce que les parents y laissent chaque année en cotisation scolaire, cantine, garderie, tickets de tombola, photo de classe, tabliers avec les petits dessins, kermesse, et maintenant activités périscolaires…  Je te laisse aussi imaginer que la frontière est mince entre notre Ecole Publique qui réclame pour vivre ces investissements indirects et l’école soi-disant privée du coin avec ses frais d’inscription relativement dérisoires, son fonctionnement grâce aux subventions de l’Etat, ses locaux publics, et les salaires des enseignants versés par l’Etat… on cherche où est la différence… Ah ben si, le privé, il annonce la couleur. Et il joue sur le clientélisme, alors que nous on se comporte bêtement en fonctionnaires, on sait même pas se vendre à coup de belles plaquettes publicitaires alléchantes.

Bon bref, on l’a compris, la mairie veut demander la dérogation que prévoit le décret. Quoi quel décret ? Mais siiiii : le fameux décret, celui qui autorise les mairies à faire ce qu’elles veulent, le décret tout frais pondu du 21 juin. Quoi c’est un peu tard, quoi c’est 15 jours avant les vacances et ça va être costaud de chambouler toute l’organisation avant que les parents ne soient plus joignables ? T’es marrant, toi, fallait bien être élu quand même, pour pouvoir foutre la merde… Mais attention ! La dérogation ne sera accordée que si nous, l’Equipe Pédagogique (je nous mets des majuscules, ça nous donne de l’importance), on dit oui ok stop le mercredi matin.  Et stop les animateurs du coup, par effet rebond. Vont pas être super youpi, les anim’… C’est que c’est pas anodin, ces quelques heures gagnées grâce aux TAP, vu que la plupart du temps, ils ont de tout petits revenus… Forcément, sinon, ils ne viendraient pas se faire chier une heure par jour dans notre école, faut pas charrier. Ils s’inquiètent forcément. La mairie, elle, trouve vraiment incroyable qu’on ne trouve plus de bénévoles. C’est dingue, les gens veulent pas bosser gratos !

Voilà. C’est nous qu’on aura le dernier mot. Non mais sans blague. Donc soit on dit maintien du rythme actuel et frais pour les parents, soit on dit retour aux quatre jours et bye les anim’.

On prend notre rôle très à cœur, tu penses. On s’applique, donc, à trouver le bon consensus. Bon, ça nous surprend, parce que dans les discussions, on ne parle pas trop trop des enfants, en général. Il s’agit uniquement de politique et de fric. Mais bon, le pouvoir en place nous fait confiance, et je te dis pas : on n’est pas peu fières…

Voilà.

On n’a pas le cul sorti des ronces…

6 commentaires sur « Consensus ? Mon cul ! »

  1. D’abord, que je te félicite pour cette émouvante promotion responsabilisatrisante (ou un mot comme ça) !!
    et puis on dirait qu’ils ont vite appris les marcheurs (je subodore que certains savaient déjà avant de se glisser dans les espadrilles) : à peine le cul sur le velours rouge, décider n’importe nawak sans trancher et laisser le lampiste (lumineuse fonction devenue rare de nos jours) se débrouiller pour appliquer la brillante décision qui vient d’en haut (Volonté du Peuple version 2.1) et tant pis s’il, le lampiste, se fâche avec Paul ou en se met Pierre à dos, nous, on reste droit dans nos espadrille en velours rouge à pompon jaune (comme les fauteuils de l’assemblée).
    A croire qu’ils ont eu d’excellents professeurs… peut-être dans le privé ?
    🙂

    Aimé par 1 personne

      1. Mais enfin, maintenant qu’ils sont en haut, à quoi pourrait encore servir l’ascenseur social ? Franchement ? A part entasser des gens sur le palier et encombrer le vestibule ?

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