Mouchette et le chagrin d’amour

Devant l’insistance de quelques lecteurs attentifs, et parce que mon roman en cours d’écriture est difficile, compliqué, et pesant pour l’esprit, j’ai décidé de m’offrir une récréation en remettant en selle mon personnage fétiche : Mouchette. Les anciens du blog se souviennent peut-être de cette jeune femme facétieuse et pétillante que j’ai créée et à qui j’ai fait vivre quelques aventures haletantes (!). Désormais, mon pseudo d’auteure est connu de tous, y compris de mes élèves… donc Mouchette est devenue discrète, pour ne pas dire secrète. Seulement voilà, j’ai reçu une commande spéciale de Carnets Paresseux (toujours de bon conseil) qui trouve décidément que Mouchette possède le potentiel pour s’épanouir et poursuivre sa destinée dans une version tout public. Voici donc le premier épisode d’une nouvelle aventure de Mouchette-version-soft, n’hésitez pas à commenter, comme toujours ! 

– T’as maigri, non ? Hein Mouchette ? T’aurais pas un peu maigri ? Franchement, ça te va pas. Tu as perdu des nibards. Tu as mauvaise mine, et puis tu as des cernes… Et puis, tu rigoles plus trop. Ça me plaît pas du tout. Non… Pas du tout.

Mon patron s’est planté devant mon bureau et me fait le coup de la lampe en pleine face. Il voit bien que quelque chose déconne, il voudrait me tirer les vers du nez, il s’y prend comme un manche, comme l’homme balourd qu’il est, mais finalement, cette insistance maladroite est touchante. Il s’inquiète, le bougre, il s’inquiète pour moi et ça me fait du bien. Quand même, je résiste un peu, pour la forme.

– Et bien merci, mon gros loup, quand j’aurais besoin de quelqu’un pour me remonter le moral, je saurais qui je n’appelle pas ! Et sinon ? Je pue du bec aussi ?

– Ah non, toi tu sens toujours bon. Ça, pour ça, tu es impeccable, même que je me dis toujours : comment elle fait ma Mouchette pour sentir bon même après toute une journée à suer. Non, tu es très belle et tu sens bon. Juste, je trouve que tu as maigri et que ça te va pas.

Il laisse passer un moment, histoire que je déglutisse la grosse fourchetée de compliment qu’il m’a collée dans la bouche derechef, avec autant de finesse qu’un Patou des Pyrénées qui te fait la fête, puis enchaîne, l’air réellement inquiet.

– Non, mais… Dis… T’es malade ?

– Non, t’inquiète, je ne suis pas malade, je suis juste en plein chagrin d’amour.

Les narines de mon patron s’ouvrent en grand, en même temps que ses yeux. Il pose ses poings fermés sur ses hanches, et éructe avec colère :

– C’est ce petit con de l’autre jour ? Le gars de l’auto-stop ? Le gars de la pluie ? C’est lui qui te rend malheureuse ? Mouchette, donne-moi son adresse, je vais lui refaire la charpente. Non mais il se prend pour qui ce petit merdeux ? Il m’abîme ma Mouchette et il voudrait que je reste de glace ? Ah non, alors ! Allez, aboule le numéro, tu vas voir qu’il va venir te manger dans la main après ça. Je vais lui apprendre les bonnes manières, ça va pas traîner.

Je souris, attendrie.

– T’emballe pas, mon gros loup, il n’a pas été malpoli, il est simplement parti poursuivre ses études Au Chili… Forcément, ça rend les câlins inopinés un peu plus compliqués à organiser.

Il reste coi. Glisse ses grosses mains belliqueuses dans ses poches. Commence à partir vers son bureau. Se ravise. Se tourne de nouveau vers moi. Sourit. Hausse les épaules. Sourit encore.

– En tout cas, faut pas te laisser aller comme ça. Tu vas me reprendre tes belles rondeurs, t’es toute osseuse, là, on dirait une vieille vache.

– Merci, mon chou, moi aussi je t’adore.

– D’ailleurs, je sais : tu fais quoi ce weekend ?

– Je rempote mon ficus.

– Ouais, bon. Tu vas aller te refaire la cerise chez Jeannette. Tu veux ? Je l’appelle et tu y vas pour le weekend. Hein ? Un tour à la cambrousse, ça te fera le plus grand bien, plutôt que ruminer ta solitude. En plus, il y a un festival de cirque de rue en ce moment dans son bled à Jeannette, alors tu sais comment elle est, elle fait table ouverte, tout le monde est le bienvenu. Elle t’aime bien en plus. Et puis, telle que je te connais, tu vas bien te dégotter un saltimbanque pour refaire tinter tes petits grelots.

Jeannette, c’est la grande sœur de mon patron. Je la connais parce qu’elle passe parfois à l’agence. Un peu le même gabarit que son petit frangin, la langue bien pendue et le regard attentif. Je ne sais pas si je passerais la voir, je ne veux pas m’incruster quand même, mais cette idée de festival de cirque me plaît bien. Il faut que je parvienne à m’extraire de l’attente de nouveaux mails, il faut que je fasse autre chose que de m’obstiner sur son absence, je m’ankylose, je végète, je m’ennuie, je mouline, je ravine, je larve, je me dessèche, et comme dit mon patron : le chagrin d’amour, ça vaut rien au teint. Alors va pour le cirque… Mon patron s’arrête encore une fois avant de refermer la porte de son bureau :

– Dis, Mouchette, inopiné, ça veut dire sans la pine ?

Devant mon air accablé, il se met à glousser pour faire croire à une blague, mais je suis sûre qu’il est allé directement se connecter sur dictionnaire.com pour vérifier.

A suivre…

2 commentaires sur « Mouchette et le chagrin d’amour »

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