Monsieur Zonzon me met KO

L’affaire que je m’en vais vous conter ce jour date du vendredi de la sortie, juste avant les vacances. Le titre vous le dit, Monsieur Zonzon sort vainqueur de notre petit bras de fer. Il ne le vit sûrement pas comme une victoire, sans doute n’a-t-il même pas conscience du combat que je mène, mais là, j’avoue, il a gagné.

D’abord, il faut le préciser, j’ai en classe ce matin-là l’AVS qui s’occupe de Zébulon, un autre de mes challenges de cette année, ce qui me donne un petit avantage puisque je peux me reposer sur elle et lui confier la surveillance active de ce Jedi qui s’électrocute quand il pleut. Si d’aucuns ne saisissent pas la référence, qu’ils cliquent là et écoutent la célébrissime chanson Song for Jedi de Dionysos, j’y pense presque tous les jours depuis que Zébulon est arrivé dans ma classe, mais on parlera de lui une autre fois peut-être… (t’as vu, là, je te laisse imaginer, avec les points de suspension) (le teaser du siècle) (bon reprenons)

Donc, Zébulon est dans de bonnes mains, je peux me concentrer sur Monsieur Zonzon. On rentre de récréation, tout le monde commence à s’installer, et comme tous les jours, je retourne le chercher devant la porte de la classe, bicôze Monsieur Zonzon aime à biberonner un petit coup avant de passer aux choses sérieuses. Oui, oui, j’ai dit biberonner, c’est vraiment l’impression que ça donne : il se plante devant l’étagère où sont rangées les gourdes des élèves, et tète activement une très grande quantité d’eau.

Et bien, me direz-vous, mais cet enfant a soif… en rentrant de récré, ça paraît normal, plutôt sain, même, rien de bien méchant… Comme vous êtes naïfs, sans vous faire offense… La gourde, voyez-vous, offre une multitude de possibilités que Monsieur Zonzon s’applique à explorer jour après jour : arrosage des copains, aspersion des sols qui, devenus glissants et boueux, font un terrain de rigolade inestimable, mouillage des cheveux pour se faire une crête (punks not dead, croyez-moi !), et évidemment, le remplissage soigneux de l’estomac, qui entraînera l’inévitable besoin de pipi environ 20 minutes plus tard, et ça c’est LE super bon plan pour se dégourdir les jambes. Bon, donc, je surveille l’enfant, évalue la vraie soif de l’excès de zèle, et lui intime l’ordre de poser sa gourde et de cesser de biberonner (ce qui le fait mourir de rire, il adore ce mot).

Il passe en trombe devant moi, s’installe à sa table et sort direct son dessin de-quand-on-a-fini-son-taf. Range ce dessin, Zonzon, c’ est pas le moment. Je jette un œil à mon cahier journal. Il sort un feutre. Non, range ça, on démarre les maths je t’ai dit ! J’attrape le matériel de manipulation dans l’armoire. Il pousse le dessin dans un coin de sa table, mais sans cesser le crayonnage démarré pendant que j’étais dans mon armoire. Range ce dessin, Zonzon, ou je le range pour toi ! (la menace, il la connaît : poubelle). Le dessin est fourré à la hâte dans le casier. On démarre la séance. Doigts levés, encouragements, essais, erreurs, bref l’avancement ordinaire d’une séance de maths classique. Monsieur Zonzon participe, on n’a pas encore obtenu une synchronicité optimale entre le doigt levé, la parole donnée et la réponse perçue, ça peut venir dans le désordre, mais bon, je l’ai là, bien actif. Puis je le perds. Je ne m’en rends pas compte tout de suite, vu que je ne suis pas préceptrice et qu’il n’est pas mon seul élève, est-il besoin de le préciser. Surtout que je gesticule pas mal pour maintenir l’attention et la bonne humeur de Zébulon qui, je le sens, commence à s’agacer, grimace et s’agite. L’AVS me fait signe de poursuivre, elle gère la crise qui s’annonce. Le « jeu » de découverte s’achève. On distribue les exos.

– Maîtresse, je peux aller chercher ma chaussure ?

Mon regard descend automatiquement sur les pieds de Monsieur Zonzon. Effectivement, il manque la petite basket droite…

-Ben… elle est où ta chaussure ?

-Je l’ai oubliée dans la cour.

-???

-Oui, je l’ai laissée dans la cour à la récré, je peux aller la chercher ?

-C’est une blague ? Tu plaisantes ? C’est maintenant que tu me le dis ?

Regard absolument innocent de Monsieur Zonzon. Ben non, il ne plaisante pas, il a laissé sa chaussure dans la cour, et ne pense à me le dire que maintenant, trente minutes après être entré en classe… Et moi, maîtresse négligeante que je suis, je n’ai pas vérifié les petons de Monsieur Zonzon… Je crois que j’ai dit un truc comme non-mais-n’importe-quoi-vas-y-et-traîne-pas-non-mais-je-rêve. Il file en claudiquant, tout le monde le regarde faire le zèbre derrière les immenses baies vitrées de la classe, je dresse un doigt tendu sourcil froncé qui le fait déguerpir, plus personne ne pense aux exos de maths, je me démène pour revenir à nos moutons (qui ne sont plus que les miens), et en surveillant le retour de celui qui, j’en suis bien consciente, a trouvé aujourd’hui une excuse inespérée pour se balader pendant la classe. Nous, on poursuit, on… tente en tout cas : je circule dans les rangs, j’aide à droite à gauche, je prends le relais avec Zébulon, et… je regarde sans cesse par la fenêtre. Il tarde à revenir, je n’aime pas ça, l’AVS sent que je m’inquiète et me fait signe : elle va aller le chercher. Quand elle le ramène, elle sourit de toutes ses dents : il faisait ses lacets avec difficulté et application, le pépère, assis tout seul et bien tranquille dans la cour, bicôze : « maîtresse a dit de s’entraîner pour devenir un champion des lacets… »

Ce gosse m’obéit au doigt et à l’œil… c’est un régal.

En rentrant enfin, il a (re)sorti son dessin. J’ai fait (re)ranger le dessin (manu militari). Il a donc découpé les petits exos que je leur donne chaque jour, à faire un par un dans le cahier. Il les a collé, un par un, mais a oublié de les faire (faut calculer des trucs, tracer des machins, mesurer des choses, pfffffff). Du coup, comme il avait tout bien collé, considérant la tâche comme terminée, il a repris son dessin-de-quand-t’as-fini-ton-taf.  Le constatant, hors de moi, j’ai fait une boule du dessin et je l’ai jeté à la poubelle façon NBA (quelques-uns se sont risqués à faire wow, trop forte maîtresse !) Lui, quand même, a pris un air contrit, j’ai dit et maintenant tu BOSSES, il a dit d’accord maîtresse, avec un vieux sanglot dans le fond de la gorge. Ah mais, zut alors, il est midi moins cinq, c’est l’heure de se laver les mains pour la cantine… Le cahier est resté en l’état, avec ses exos collés et pas faits, l’enfant est parti comme une bombe vers de nouvelles aventures cantiniesques, les filles de la garderie m’ont regardée, m’ont souri, m’ont fait un clin d’œil, compatissantes : « Il est en forme, en ce moment, non ? Allez, va, ce soir c’est la quille, tu vas pouvoir l’oublier un peu… »

Et donc, pour l’oublier, je vous écris ses aventures. Je vais faire ça, si vous voulez bien, je vais me servir de ce prétexte à vous faire lire des trucs pour me marrer moi-même de mon quotidien professionnel. Vous serez mon espace défoulatoire ! Vous voulez bien faire ça pour moi ? J’ai besoin…

10 commentaires sur « Monsieur Zonzon me met KO »

  1. Défoule, défoule ! ..ainsi favorisées, des reliques mémorielles nous reviennent,
    puisque ta plume délivre qql esprit rieur, d’évidence prédisposé et influencé (!)
    elles gratifient, remercient nos souvenirs ! des porte-bonheurs plutôt que stigmates.

    Je connais bien Zébulon ! (donc échange/partage)
    enfin, il avait 18-19 ans à notre première rencontre, maintenant navigue entre les 40-50, ..rien à voir avec des latitudes ou parallèles en hémisphère sud !
    encore-que.. le surnom non usurpé, ni ses ressorts sont fictifs !
    Il est sur Wiki, j’y trouvais cette vidéo :
    /tu es seul juge de son aspect pédagogique, héhé,
    (à 11 ans le Mt Blanc, à 17 l’Everest, etc.)

    NB, Jean-Noël Roche, son père guide, est un vieux camarade disparu en montagne,

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    1. J’ai mis du temps à te répondre, je viens de récupérer mon ordi en carafe, et sur celui d’appoint, pas moyen de lire les vidéos… Très chouette ce film, très touchant !
      Les guides de montagne vivent rarement très vieux, mais qu’est-ce qu’ils vivent bien… 😉

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  2. A mon avis, tu es « obligée » d’assurer des moments « parloir » avec Zonzon, sinon il pourrait dériver et alors qui pourra deviner le déclic à exploiter au bon moment pour le faire avancer, pour son bien et pour ton plaisir car il est évident qu’une bonne fée aimerait lui montrer le chemin… Il est attachant ton Zonzon et tu sais si bien nous en parler…avec affection…! 🙂

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  3. C’est un plaisir pour moi, et je sais que dans le fond ces Zèbres là sont ceux que tu préfères… Comme moi, on aime ceux qui sortent un peu de la norme et nous rappellent ce qu’on fait le mieux… se triturer les méninges. Ceux la on ne les oublie pas !!!!!
    Énormes bisous ma fanite…..

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