L’enfant le plus généreux du monde

Aujourd’hui, le plus proche voisin de Monsieur Zonzon était absent. Ni une ni deux, celui-qui-ne-se-mettait-jamais-au-boulot a attrapé le cahier du jour de celui-qui-avait-une-sale-gastro dans le but de lui faire ses maths.

-Mais enfin, Zonzon, me suis-je exclamée, interloquée, qu’est-ce que tu fabriques avec le cahier de ton voisin ?

-Ben je lui fais le travail, parce qu’il est pas là, comme ça, c’est mieux, parce qu’il peut pas le faire, puisqu’il est pas là.

Le premier moment de stupeur passé, j’ai asséné une explication de texte assez lapidaire dont l’idée principale pourrait se résumer ainsi : Ouais, ben commence par faire TON taf sur TON cahier, ce sera déjà pas mal.

Alors l’enfant le plus généreux du monde a dit OK (il n’est pas contrariant), il a attendu que je me détourne vers d’autres missions à droite à gauche (je n’en manque pas cette année) et il a poursuivi un vieux dessin qui traînait dans le fond de son casier, tranquillou bilou, jusqu’à ce que je revienne vers lui batailler comme chaque jour pour qu’il démarre, poursuive et finalise son boulot. Mais bon, je suis bien punie : j’avais qu’à pas décourager une si belle initiative. C’est vrai quoi, je fais rien qu’à lui pourrir sa bonne volonté !

18 commentaires sur « L’enfant le plus généreux du monde »

  1. Je me suis reconnue dans ce débat initié par Chachashire
    Difficile de faire la part des choses entre les injonctions administratives parfois absurdes de l’éduc nat, et ses propres convictions.
    J’ai souvent choisi d’écouter mon coeur dans ces cas-là, sans me soucier d’être politiquement correcte.
    En l’occurence, s’il faisait son devoir, même sur le cahier d’un autre, c’était peut-être une manière détournée de te dire qu’il n’aime pas être commandé et qu’il aime avoir l’impression de contrôler. Il y a des enfants comme ça, c’est vrai, c’est épuisant de toujours trouver des stratégies de contournement.
    Mais loin de moi l’idée de te critiquer, j’aurais peut-être eu la même réaction que toi, avec les mêmes doutes ensuite…
    Courage belle collègue !
     •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Oui, il a peut-être cette raison là, c’est bien possible, mais je pense surtout qu’il n’a pas compris (ou refuse) les codes de l’école… Ces fameux codes qui restent tellement obscurs pour beaucoup d’élèves, régulièrement perdus dans les injonctions que tu évoques. Il n’en reste pas moins que le voisin, lui, n’aurait absolument pas compris que je laisse Zonzon écrire sur son cahier à lui, ce qui me paraît légitime, non ? 😉
      Merci bien, du courage j’ai, de l’humour aussi, et ma foi, je m’amuse bien dans mon métier, alors, quand même, la vie est belle !

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    1. Bonjour Chachashire ! Peux-tu éclairer ma lanterne sur le lien entre ton lien et le mien ? 😉
      Sinon, bien-sûr, mythique Brazil… J’ai adoré, j’adore encore, donc merci quoiqu’il en soit pour le petit rappel « monde de dingues » jamais inutile !

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      1. ben – j’ai trouvé ça moins violent que « the wall » des pink floyd , tout en restant dans le même registre.
        Tu as réfléchi à d’autres possibilités pour exercer ton métier en dehors du contexte nationaliste ?

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      2. Ben je t’excuserais de quoi ?
        Le contexte nationaliste c’est celui de l’éducation nationale, comme dans plein de trucs difficiles.

        Cet été j’ai vu un expo photo sur les aborigènes de Guyane. L’école y joue là-bas le mème role que les missionnaires dans une époque antérieure. Un des pères d’eleves cité disait quelque chose comme « la civilisation ,la question n’est pas là, de toute façon on est dedans. Mais pourquoi détruire notre culture et nos traditions ».
        Il se trouve que les alsaciens, les bretons et coetera ont vu leurs cultures et traditions attaquées, par l’école, celle des frères ou de l’éducation nationale.
        Ce que tu décris m’évoque cela d’autant plus violemment que tu ne montres pas de malveillance, et semble plutot compétente pour ce que je peux en juger ( peu ) – les méthodes ont changé de surcroit.
        Mais la mécanique reste la mème -ici mettre des bourdieuseries , des foucaulteries, et plus si affinités – la civilisation du savoir écrit et de certaines structures mentales de domination – soi d’abord, et soi devant l’ordre social, par exemple.
        Tu n’as pas besoin d’être une mauvaise personne, pas du tout pour retransmettre ce dont tu es porteuse. Et ce par un mécanisme qui un système qui est à la base fondé pour l’émancipation.

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      3. Je vois… Je comprends l’idée. Je crois que c’est Winnicot (mais je ne suis pas sûre) qui disait à propos du rôle des parents « faites pour le mieux de toute façon ce sera mal ». Tout pareil pour les enseignants…
        Finalement, je te répondrais assez simplement que je me trompe souvent, je réussis parfois, et je m’interroge chaque jour.

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      4. Je ne te mets pas en cause toi personnellement. Je ne verrais pas l’intérêt de faire une chose pareille d’où je parle.
        Dolto prônait que le niveau de référence parental était les « parents acceptables ».

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      5. Pas de souci, je ne me sentais pas attaquée, tu avais mis les formes nécessaires pour que ton commentaire ne soit pas blessant, t’inquiète. Simplement moi aussi, je me pose souvent la question de ce que je véhicule à mon corps défendant, et surtout de manière totalement inconsciente : les codes et les présupposés inhérents à ma culture, à mon mode de vie, à mon origine sociale, et bien-sûr à mon histoire personnelle. Le discours que je déverse dans leur esprit vient parfois heurter violemment celui de la famille, je le sais bien, et… de quel droit pourrais-je affirmer que c’est moi qui suis dans le vrai ? Mais comment faire et être autrement que ce que je suis ? Je me dis qu’ils feront leur propre choix en utilisant ces modèles divers que la vie leur aura donné à voir, j’essaie de ne jamais être dans le jugement (même si parfois c’est difficile pour moi, particulièrement face à des familles qui sont dans un fonctionnement de compétiteurs sans foi ni loi, ça m’écorche les oreilles !). Non, vraiment, ce que tu m’écris m’interpelle, j’y réfléchis, c’est très intéressant.
        Bon, concernant Monsieur Zonzon, je tente de lui donner une certaine rigueur, je suis parfois dure avec lui, comme avec les autres d’ailleurs, mais il me semble que ces attentes sont légitimes, et lui serviront dans la vie de toute façon. J’essaie surtout de maintenir cette joie de vivre qui le caractérise.

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