Montessori et compagnie, la grande désillusion…

J’ai lu ces derniers temps plusieurs articles de presse relatant la grosse déception de certaines familles ayant fait le choix de ces établissements. Chères et pas si merveilleuses qu’annoncé ? Ah tiens…

Comme je l’ai déjà dit dans un précédent billet (vous pouvez lire ou relire l’article en cliquant ici), je n’ai rien contre la pédagogie Montessori ni contre l’état d’esprit qui la nourrit. Je pourrais même ajouter : au contraire ! Qu’ils annoncent une pédagogie X ou Y, ce qu’il ne faut pas perdre de vue c’est que ces établissements sont d’abord des écoles privées, souvent onéreuses. Ceux qui me lisent régulièrement le savent, je défends bec et ongles l’école publique, laïque, gratuite. Notamment parce que notre statut de fonctionnaires garantit aux usagers l’absence de traitement clientéliste. Ça heurte certains parents qui se pensent en droit de « consommer » l’école (on pourrait en faire un autre billet), mais moi, ça me paraît juste fondamental. Cette absence de relation financière avec les parents me garantit la possibilité d’avoir une relation honnête, saine, dégagée de toute pression de part et d’autre. Essentiel, il me semble. C’est mon premier hic. 

Deuxième hic. Dans de nombreuses écoles de ce type, il y a un argument qui revient sans cesse et montre la belle hypocrisie du système et par ricochet celle des parents. Si on y vante le fait que les enfants « apprennent à leur rythme », c’est rarement pour dire qu’on les laissera apprendre à lire à dix ans s’ils ne sont pas prêts avant mais plutôt pour annoncer qu’ici, dans cette école, ils apprendront plus tôt, plus vite, plus efficacement. On leur laissera révéler leur évident et immense potentiel, puisque l’école traditionnelle fait rien qu’à les empêcher, c’est bien connu. On est donc, sous couvert de respect du développement propre à chaque enfant, dans une recherche de performance.

Troisième hic. Si je défends l’école publique, c’est aussi et surtout parce que c’est là qu’on y brasse le tout-venant de la population dans une belle utopie de « vivre ensemble » à laquelle je continue de croire. Tout génie qu’il est forcément (et là je ne moque personne, croyez-moi, ça me paraît super important que chaque parent soit convaincu que son enfant est un être génial), la prunelle de vos yeux devra vivre toute sa vie entourée de gens. Tu te dis en me lisant que c’est de l’enfonçage de portes ouvertes, hein ? Oui, ça peut paraître, mais on dirait bien que la chose n’est finalement pas si évidente. Il devra se coltiner des rusés, des chiants, des généreux, des impatients, des colériques, des rieurs, des boudeurs, des bruyants, des bordéliques, des psychorigides, des bavards, des timides, des rêveurs, des bagarreurs. Des qu’il aimera, des qu’il n’aimera pas. Mes loustics qui se farcissent les exploits quotidiens de Monsieur Zonzon ont développé depuis la petite section une grande indulgence, une jolie tolérance, et pas mal de patience. Ils savent rester dans leur bulle de travail même quand je glapis après ce petit monsieur qui me fait disjoncter plus souvent qu’à mon tour, je vais pas mentir. Monsieur Zonzon n’ira jamais dans une école payante, déjà parce que papa et maman n’en auraient pas les moyens, et ensuite parce que l’école en question ne le garderait pas trois jours. Nous oui.

Ils se supportent les uns les autres, ils apprennent à attendre (Tu as terminé ? Et tu veux savoir « ce que tu fais maintenant ? » Et bien, tu vas chercher tout seul de quoi t’occuper mon grand, parce que les autres ont encore besoin de temps, et de moi.) ou à se forcer (Mets le turbo, pépère, tout le monde voudrait passer à autre chose…). Ils expérimentent grosses frustrations et grands plaisirs, petits tracas et belles satisfactions, des moments de doutes et des instants de fierté. Ça castagne parfois en récré, bon. On rejoue de temps en temps « Les Feux de l’amour », bah… Les amitiés se cisèlent, les genoux s’écorchent, on fait des jeux de mains et on apprend des gros mots de vilains. Et oui. Ça passe par des larmes certains jours, des éclats de rire à d’autres moments… juste la vie, quoi.

Lui faire croire qu’il peut faire ce qu’il veut, quand il veut, sans se préoccuper des autres autour, en caressant son nombril avec ravissement et en niant une dynamique qui n’est jamais tout à fait la sienne, puisque c’est celle du groupe humain dans lequel il évolue, c’est lui mentir. J’aime pas qu’on mente aux enfants. J’aime pas non plus qu’on mente aux parents, et c’est ce que font un certain nombre de ces écoles.

 

 

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