La grosse colère de maîtresse

Depuis quelques temps, les choses se sont dégradées, dans ma classe et dans l’école. Ou bien est-ce nous, les maîtresses, qui perdons patience ?

Mardi, ce fut la journée de trop. Dès le matin, pendant la situation de recherche en maths, ça souffle, ça râle, faut chercher, je sais pas ce ki faut faire, j’ai pas compris, c’est trop long, et ça rêvasse, et ça résiste. Déjà le matin, j’ai fait une première alerte : le dragon en moi sommeillait encore mais les premières flammèches commençaient à me sortir par les naseaux.

Vous allez chercher, un peu, bon sang ? Vous allez vous y mettre ? Vous concentrer, persévérer, essayer des choses ? Je sais pas, moi dessine un truc, fais un calcul, interroge-toi, c’est pas possible d’attendre que tout vienne tout seul comme ça à longueur de temps !

Parce que contrairement à ce que pense la grande majorité des critiqueurs de l’école et de nos pratiques, nous cherchons sans cesse à rendre ludiques les apprentissages. On crée des situations qui vont mettre du sens sur les notions. C’est vrai, quoi, rien de plus pénible que de faire des calculs au kilomètre, des conjugaisons à la chaîne, des exercices répétitifs ! Tu m’étonnes que les gamins s’ennuient, qu’ils préfèrent les jeux vidéo… Des découvertes, des expériences, des énigmes, des jeux, c’est plus sympa, non ?

Et ben non. Quelques élèves, les plus à l’aise, ceux qui apprennent quoiqu’il arrive, cherchent, s’interrogent, bidouillent, et avancent. Et adorent. Mais le plus gros de la troupe geint : quoi ? Faut chercher ? Long de chercher, chiant de pas réussir du premier coup, pénible de devoir réfléchir. Ils préfèrent se taper du bon vieux Bescherelle, des pages d’additions, voire de la copie. Mais rien qui oblige à s’investir intellectuellement.

S’ajoute celui qui me coupe la parole pour me rappeler que c’est l’heure de la récré, celui qui s’esclaffe pendant la dictée parce qu’il a repensé à un truc marrant de ce matin, sur son jeu de sa console (de son aveu décomplexé, nature ! ben tiens…) et cet autre qui sort sa BD sans avoir terminé son boulot, et ceci et cela.

La. Moutarde. Me. Monte. Au. Nez.

Et j’ai fait la grosse colère. Silence absolu dans la classe, les yeux tout grands et les sourires absents, les épaules basses. Personne qui moufte. Je l’avais réfléchie ma colère, c’était pas un craquage passager, et ils l’ont bien senti. Ensuite on a fait « Le temps de lire », on a tous relâché la pression dans le silence bienheureux de ce moment pendant lequel ils n’ont jamais été aussi calmes. Et puis « l’oeuvre du jour », tout le monde attentif, les devoirs, et ciao. Bon mercredi, à jeudi, et en costume d’élève, je vous prie !

Ils sont partis, et quand je suis revenue dans la classe, j’ai trouvé ça sur mon bureau. C’est trop mignon… Aujourd’hui, les choses se sont mieux passées, je ne lâche rien mais je sens qu’on avance.

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6 commentaires sur « La grosse colère de maîtresse »

  1. « on-veut-des-primes
    contre-la-dé-prime ! »

    change rien, ils t’adorent et ils sortiront de ta classe pleins de toutes les choses que tu leur auras offertes ; en premier, attention et affection (et un peu de grammaire et les quatre opérations 🙂

    Aimé par 1 personne

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