A/vide.

Trouver l’inspiration, c’est comme tomber amoureux.

On a tous vécu ça un jour, ce moment détestable où on se dit que ce qu’il nous faudrait, c’est retomber amoureux. De quelqu’un d’autre de préférence. Trouver l’épaule idéale pour poser notre tête encore douloureuse du précédent, rencontrer la personne qui nous permettrait de nous décentrer, de détourner notre attention sur du neuf, de l’inconnu, du surprenant. Oui, on l’a tous vécu, cette conviction profonde que c’est ça qu’il nous faut : un nouvel amour pour chasser l’ancien, un nouvel amour pour frémir à nouveau, pour respirer librement, pour retrouver cette énergie de vivre qui nous fait défaut. On s’imagine bouillonnant de cette force étrange qu’on ressent dans les débuts d’une histoire, quand le monde d’un coup paraît si beau, quand on voit tout au travers du prisme de cette rencontre prometteuse, de cet attachement naissant qui nous donne des ailes.

Objectivement on sait que c’est ça qu’il nous faut, un nouvel amour. Un nouveau sujet de roman. Un contexte, un ton, un personnage, une trame. Une toute première phrase.

Donc on cherche. On exhorte la mule à sortir de sa vieille étable, on se façonne un costume de chercheur d’or, on traque, on se tient prêt, on se dit libéré et on guette l’occasion, voire on la provoque. On tente, on insiste, on essaie des trucs, parfois même on se ment à nous-mêmes : ouiiii, j’ai trouvéééé, mais pas du tout, ça déraille dès les premières notes, ça coince, ça démarre pas, c’est pas fluide, c’est poussif, c’est chiant, on s’ennuie, c’est raté.

Voilà, chercher l’inspiration, c’est comme vouloir tomber amoureux. C’est voué à l’échec dès lors qu’on n’est pas prêt, et on ne décide pas si on est prêt ou pas.

Je mouline, je réfléchis à vide, j’explore des trucs vains, je farfouille dans mes archives, j’interroge de vieilles idées avortées ou laissées en plan. Mais rien ne prend. La levure est sèche, ou le pétrin est grippé, ou l’air est trop humide, en tout cas ça ne lève pas, ça reste plat, pâteux, immangeable. Je m’agace. C’est inutile pourtant. Ce qu’il me faut, je le sais, c’est m’extraire pour de bon du précédent manuscrit. Faut que je sorte de cette histoire que j’ai mis plus de deux ans à coucher sur le papier, parce qu’elle nécessitait un toucher de clavier délicat, que je voulais pas me louper, que je voulais le laisser éclore sans le brusquer, et aussi sans me brutaliser moi-même. Je n’écris pas pour me soulager d’une douleur enfouie, pour titiller de vieilles cicatrices ou pour terrasser mes démons intimes, non pas du tout. Je n’ai pas ce besoin vital dont parlent certains auteurs. J’écris parce que j’adore ça, tout simplement, alors je me ménage, je n’ai aucune envie de me faire violence. Pourtant, ce manuscrit m’a réveillée la nuit bien des fois… Et puis il faut dire aussi que sa rédaction a été plusieurs fois interrompue par d’autres impondérables de ma vie d’auteur, de ma vie d’instit, de ma vie tout court. 

Peut-être que je n’ai pas tout à fait terminé de me coltiner cet amour-là. Peut-être que je dois être patiente, me nourrir de ces expressions chiantes : « Laisser le temps au temps », « Tout vient à point à qui sait attendre », mais j’avoue, la patience c’est pas mon fort.

Peut-être aussi que je n’arriverai plus jamais à écrire. Et ça, j’ai beau faire ma maligne, clamer sur ce blog que je n’en ai pas un besoin vital, ben j’avoue, ça me flingue le moral.

 

4 commentaires sur « A/vide. »

    1. J’avais besoin de respirer librement pendant quelques semaines. De me « ressourcer » comme m’a dit un lecteur adorable par MP, mais là, en vrai, je sens que ça frémit, que le prochain s’approche, il erre en « lysière » et quand il aura trouvé le chemin de mon inspiration, il viendra sonner. Je l’accueillerai à bras ouvert et on passera un bon moment, lui et moi. Et toi, mon Dodo préféré, tu vas bien ?

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  1. Super ce post. Il me parle tant, avec mes nombreux manuscrits inachevés. Perso, je ne sais pas écrire autrement que court. Et surtout pas autrement que « quand ça tape au carreau ». ça va reviendre bien chère Camille ! Lâche ! Bises de Nice

    Aimé par 1 personne

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