La fête aux cacahuètes

Depuis quinze jours, j’ai trois élèves absents. Jamais les mêmes, ça tourne. Un test est nécessaire pour revenir en classe, les parents sont tenus de le faire mais pas de nous en fournir la preuve. Hin hin hin. En même temps je préfère, je n’ai aucune envie de faire la police des tests, c’est pas mon job. Je me contente de rappeler en souriant : « Vous me le ramenez guéri et négatif, hein ? Allez bon courage ! »

Parce que ni l’un ni l’autre ne vont pas de soi, sachez bien. Chouchou a vomi toute la nuit mais il va mieux ce matin, il voulait venir à l’école alors bon : si ça va pas vous m’appelez ? Vous voulez dire avant ou après le pâté sur le cahier d’écriture ?

Ce que pensent vraisemblablement les parents : si mon enfant se sent patraque, la maîtresse a un bouton sur son bureau, elle appuie d’un doigt distrait et une infirmière va venir dans la seconde, elle va prendre le gosse et l’emmener au chaud, vérifier sa température et téléphoner aux parents, puis cette dame calme et disponible couchera Chouchou à l’infirmerie en attendant qu’on vienne le chercher.

La vérité : Chouchou devient vert, maîtresse l’emmène dans le couloir, là où est placée la pharmacie à bobos, et elle vérifie sa température. Quand elle revient c’est déjà le Bronx dans la classe, enfin disons que ceux qui n’attendent que ça sont déjà partis en cacahuètes. Elle pousse une petite gueulante, traverse la classe avec Chouchou vert et brûlant, l’installe comme elle peut dans un coin à l’écart, sur deux chaises rapprochées pour qu’il s’allonge un peu. Elle appelle avec son portable, sinon il faut laisser la classe en plan et traverser toute l’école jusqu’au bureau de la dirlo, à l’autre bout, et comme il y a toujours là ceux qui aiment les cacahuètes… Donc elle appelle avec son portable en faisant « Chut, chut, j’appelle le papa/la maman de Chouchou, chut, occupez-vous gentiment et silence ! » Et puis après elle prépare le cartable de Chouchou qui va partir, et elle reprend le cours du cours. 15 minutes après ça sonne au portail, elle met son manteau à Chouchou qui est tout vaseux, et elle sort avec lui pour traverser la cour et ouvrir le portail qui est fermé à clé vu qu’on craint les intrusions, et elle rend Chouchou à ses géniteurs. Quand elle revient les cacahuètes sont ressorties, la matinée est foutue.

2 commentaires sur « La fête aux cacahuètes »

  1. Un article écrit avec tant d’humour mais j’imagine que cela doit être ô combien usant, surtout dans le cycle bis repetita actuel….
    Joyeux réveillon et avec un chouille en avance tous mes meilleurs voeux pour 2022 🙂

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    1. Merci pour l’humour, je m’en vois flattée. Oh, je ne dis pas que j’en rigole tout le temps, mais la petite mise à distance de l’écriture me permet de ne pas devenir aigrie, je crois, c’pas mal en fin de compte. 😉
      Meilleurs vœux également !

      Aimé par 1 personne

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