Pas d’animal mort dans ma classe !

L’anecdote date du début de l’année scolaire, fin du mois de septembre, grosse chaleur, 30°C dans la classe, le détail a son importance.

Les gosses s’étaient mis à apporter des trucs pour les montrer aux autres, des objets rares, des instruments de musique inconnus, des ustensiles de cuisine disparus, une dent de requin, une petite collection de roches, un herbier fabriqué avec mamie, enfin bref tout ce qui leur paraissait digne d’être exposé et discuté à la fin de la journée, dans ce petit moment flottant entre l’écriture des devoirs et la cavalcade vers le portail.

Bébert avait apporté lui aussi des machins, mais n’avait pas trouvé de quoi supplanter le succès du possesseur de l’appareil photo à soufflet… Ah ça, l’appareil photo à soufflet, ça en jetait ! Il cherchait, cherchait un truc qui lui garantirait la médaille d’or de cette compétition qui n’existait que dans sa tête. Il voulait son heure de gloire, il la voulait si fort que je me surpris à sentir confusément que quelque chose de piquant allait me tomber sur le coin du pif. Je ne croyais pas si bien dire.

Un matin, le voilà qui débarque tout sourire armé d’une boîte en plastique tenue bien en évidence devant lui, de manière à ce que personne dans la cour ne puisse ignorer qu’il apportait sa pierre à l’édifice de la grande connaissance collective.

– Je t’ai amené un serpent maîtresse. On l’a trouvé avec papa sur la route.

Moi, trop confiante, pour ne pas dire innocente (on est au mois de septembre, je découvre tout juste Bébert, je vous rappelle) je précise presque pour lui : « Une mue de serpent ? C’est ça que tu nous as apporté ?  » L’enfant sourit fort et réponds à toute vitesse, en agitant un doigt frénétique au ras de mon nez pour bien marquer la négation : non, non, pas une mue, peuh, une mue, la loose ! Non un serpent maîtresse, un vrai serpent, la classe à Dallas, un serpent entier, juste un peu écrasé sur le milieu, regarde !

Evidemment, les propos ne sont pas exactement ceux-là, j’ai de la mémoire mais quand même… D’ailleurs, aucun enfant de sept ans ne dit « La classe à Dallas », c’est évident. Je vous prie de pardonner l’approximation des termes pour ne retenir que la véracité de l’intention (NDLR)

Donc Bébert ouvre la boîte. L’air triomphant. Dans la boîte gît effectivement un petit serpent, à moitié écrasé, totalement décédé pour ne pas dire complètement mort.

Ah non ! Non non non, pas question ! N’importe quoi enfin Bébert ! Un serpent mort ! Mais vraiment, quelle idée ! Pose ça sur mon bureau, je ne veux pas qu’il traîne sur ta table, ni nulle part d’ailleurs. Pas d’animal mort dans ma classe !

Il y est revenu plusieurs fois au cours de la journée. Alleeeeez, maîtresse, alleeeeeeeez, tu peux me laisser montreeeeeeer… s’il te plaîiiiiiiiiit…

A 16h10, au moment de la sortie, dans ce moment informel de joyeux désordre qui marque le départ des enfants, alors que je bagarre sans doute avec un cartable qui ne ferme pas, une casquette qui manque, un cahier de texte égaré ou que sais-je, Bébert décide de récupérer sa boîte. On est encore à l’heure où demander la permission ne fait pas partie de ses réflexes. Et bien-sûr, comme les copains sont là, à attendre devant la porte avec le cartable vissé sur le dos, il ne peut pas résister, il déclipse les bords du couvercle, en rametant l’attention des plus proches, il ouvre, brandit sous le nez des curieux et…

L’odeur ! L’odeur de la mort avancée ! Une puanteur infecte, et Bébert tout fier et tout sourire, montrant aux uns et aux autres son cadavre en décomposition…

Les parents qui attendaient leurs enfants au portail ont dû être surpris de me voir éjecter tout le monde hors de la classe en m’époumonant derrière mon masque en direction d’un Bébert qui ne voyait vraiment pas où était le problème.

Le jour du serpent marque une étape importante de ma relation avec Bébert. Le jour du serpent, c’est le jour où il a commencé à comprendre où était le problème. Et on revenait de loin. 😉

4 commentaires sur « Pas d’animal mort dans ma classe ! »

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