De loin en loin

Une voix. La tienne. Soudainement méconnue. Si lointaine. Perdue.

Faudra-t-il sans cesse se méprendre ? Faudra-t-il à ce point se déprendre ?

A chaque fois la même rengaine. La petite joie d’avoir franchi un pas /vers toi/ que j’imaginais rieur, allègre. Aussitôt bafoué. Le dur retour à la réalité. Ça paraissait simple pourtant, ça paraissait donné. Gonflée de ce sentiment imbécile que le retour serait facile, bêtement souriante, j’arrive en sautillant, sereine et confiante.

Le premier grondement, le premier froncement me ramènent au vrai : contrariante d’avoir tant tardé, insupportable de cette débauche de légèreté. Et puis ces mots que je dis, toujours à côté… Tu fais semblant de sourire, c’est pire. Je me tords les mains, cherche du regard une aide parmi les témoins, fronce le nez pour garder derrière les yeux les larmes refoulées. Tu remues machinalement ton verre. Tu cries pas, non, tu cries pas tu soupires. Tu grinces ta hargne, tu susurres des reproches amers, tu vocifères d’une curieuse manière, silencieuse et pesante.

Tes doigts tapotent la table en colère rentrée. Tu dis évidemment… toi tu virevoltes et tu respires très grand. Moi je végète et je rumine mon temps. Peste tu dis. Garce. Disparais. Tu l’avais pas encore dit que déjà je l’avais fait.

New York Restaurant

New-York restaurant – Edward Hopper – 1922

Il y a bien longtemps que je n’avais plus écrit de fulgurances, ces petits jets littéraires sans avant ni après qu’autrefois j’aimais jeter sur mon blog quand l’inspiration me prenait. C’est à la faveur d’une recherche artistique pour mon année scolaire prochaine, souhaitant faire découvrir à mes élèves Edward Hopper, ce peintre américain que j’aime beaucoup, que je suis tombée sur ce tableau et que le clavier de nouveau m’a appelée.