Les gaufres au feu

Mes gosses ont harcelé ma grand-mère dès leur réveil, en la couvrant de baisers, en tournant autour d’elle comme des mouches, en chantant inlassablement leur ritournelle pour la faire céder : « Mamie, fais-nous des gaufres au feu ! »

 

P1070008Il faut un peu la supplier, mais à peine. Elle allume le feu dans la vieille cuisine, celle qui servait à la mise en conserve des légumes et à la cuisine du cochon quand j’étais petite. et pendant que les braises travaillent, elle fait la pâte à sa façon : « Oui, comme ça de farine, à peu près, tiens voilà… Tu n’as qu’à mettre trois œufs, normalement, ça ira. Tiens ajoute un peu d’huile, oui, oui, le verre plein, c’est bien. Le sucre, c’est ça, un peu plus, oui, verse, verse, verse, STOP ! Ah non, je ne pèse pas, je fais à l’œil, je regarde, je vois comme ça se mélange… Bah, j’ai l’habitude ! »

 

Le fer à gaufres est posé sur les flammes, chauffé longuement, soigneusement essuyé, puis graissé avant d’y déposer la première larme de pâte. Elle referme le moule qui fume et grésille avec vigueur. Un puissant parfum d’enfance remplit la vieille cuisine au plafond bas et noirci, et nous regardons tous, béats, l’enchaînement rapides de ses gestes : le retournement du fer sur les braises, le long manche qu’elle coince du genou quand elle l’ouvre pour en retirer la gaufre brûlante et la rouler en cigarette, le coup de couteau pour retirer l’excédent de pâte qui déborde quand elle presse les plaques l’une contre l’autre. Elle rit, ravie de nous voir si captivés.