Sans Valentin

La petite, prostrée dans un recoin de la cour, entourée de ses copines impuissantes qui ont posé leurs mains sur ses épaules en signe de compassion, sanglote toutes les larmes de son corps.

Je me précipite : « Ben ma grande, qu’est-ce qui t’arrive ? »

Elle a donné sa lettre. En ce 14 février tellement rabâché partout et par tous. Elle lui a donné sa lettre. Et il l’a déchirée.

Oh là.

Je compatis très fort avec elle, je la console comme je peux… On parle un moment, elle se calme un peu. On rentre en classe, elle passe devant, je laisse la troupe s’éloigner et j’appelle l’auteur de l’outrage. Il s’avance vers moi, les sourcils arqués par la surprise : Quoi ? Qu’est-ce qu’elle me veut, maîtresse ? Hein ?

Ben oui, il sait pourquoi elle pleure. Ben oui, il a déchiré sa lettre. Ben parce que lui, il l’aime pas.

C’est tellement évident, tellement sans volonté de nuire, seulement une vérité, bam, assénée sans détour, cash. Je vois bien qu’il est à des années lumière d’avoir voulu être méchant, il l’a été sans le vouloir, enfin, il pensait pas… Juste il s’est arrêté de jouer au foot, parce qu’elle l’a appelé pour lui donner ça, il l’a lu, boh, il a déchiré, pas concerné, et il est reparti dans sa partie. Mais maintenant que je le dis… Ouais il réalise, le loupiot, c’était quand même super hard, le déchirage, la poubelle juste après et tout ça.

Je vois bien qu’il est bien embêté, je ne le gronde pas du tout, je lui explique juste. Je lui parle de l’humiliation qu’elle a ressentie, je demande tu sais ce que ça veut dire, se sentir humilié ? Oui, il sait, parfaitement. Oh ben dis donc… ajoute-t-il, tu crois ?

Je lui dis que c’est pas facile d’être amoureux sans retour, et que c’est pas facile non plus quand quelqu’un nous aime et qu’on sait pas quoi faire de cet amour. Bref, il faut être plus délicat.

– Oui, dis le gosse, l’air super convaincu.

– Si tu en as envie, dis-lui que tu regrettes, que tu ne l’aimes pas mais que tu as été très brutal, que tu t’excuses, quoi.

– Ouais.

J’étais pas certaine qu’il le ferait. C’est pas un truc simple que je lui suggérais. Et je ne vérifie pas, la suite les regarde. Mais je l’ai vu s’approcher d’elle dans le vestiaire, se planter près d’elle et lui parler. Je ne voyais que le mouvement de ses lèvres à lui, pendant un long moment, et ses yeux larmoyants à elle qui sortait ses affaires sans lever la tête vers lui, des restes de sanglots encore lui coupaient un peu le souffle. Une vraie scène de film.

Il s’en passe des trucs à l’école, qui n’ont rien à voir avec l’école…

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