Et bien… chantez maintenant !

Mon ministère me bichonne. Il veut que je savoure ma future rentrée. Alors, il s’est dit, tiens, et si on les faisait chanter ? C’est cool, la chanson, c’est sympa, c’est « convivial » ! Allez, on va leur demander de faire chanter les gosses le jour de la rentrée. C’est ça, on est trop forts, on a des putains de bonnes idées novatrices : on va demander aux profs d’organiser une rentrée chantante. Hop.

Et donc, la directive nous tombe hier dans les bras. France Inter, qui sait toujours avant moi ce qui va changer dans mon boulot, me l’avait dit la semaine dernière, mais j’avais fait celle qui n’avait pas entendu.

Je m’étais dit, petite espiègle que je suis, boh, c’est une blague.

Non, pardon, ce n’est pas tout à fait vrai, je m’étais dit, incrédule comme je sais être, boh, c’est un effet d’annonce… Ils sont marrants, quand même, ils nous ont de ces idées, ceux-là, on s’ennuie pas dis donc !

Non, la vérité, je m’étais dit fuck. Ouais, voilà : fuck, pas question, je ferai pas, je les emmerde, n’importe quoi, qu’est-ce qui leur prend, ils ont pété un câble ou quoi ? Je ne suis pas un pigeon !

chorale

D’habitude, c’est quoi, la rentrée ? C’est accueillir des gens un peu tendus et des gosses un peu perdus, tout patraques avec des petits papillons d’inquiétude dans le ventre et un cartable tout neuf sur le dos. On rassure tout le monde, on sourit beaucoup, on pousse gentiment les parents dehors et les enfants dedans. On démarre ce gros travail qui fera de l’assemblage hasardeux de toutes ces petites personnalités un groupe classe fonctionnel, on crée le collectif, et c’est pas donné dès la première heure, ça se construit, doucement.

Le big boss, dans son bureau rue de Grenelle, il a pensé que je pouvais réunir ces gamins qui ne se sont pas vus pendant tout l’été, et faire une chorale, là, paf, tout à trac, comme ça. Y’a qu’à utiliser des vieilles chansons de cette année, qu’il a précisé. Et n’hésitez pas à aller chanter dans les autres classes, pour créer du lien, a-t-il ajouté. Putain, il a confiance, le mec, il me surestime, il me prend pour une magicienne, ou une inconsciente, ou une conne.

Donc voilà, dès aujourd’hui, je l’annonce, je le dis, je le clame : ta chorale de la rentrée, tu peux te la foutre au… placard. Entre deux dossiers du même genre, tu devrais facilement trouver, le ministère en regorge.

A la rentrée, je vais m’occuper de mes élèves, si tu veux bien.