Fidel est mort.

On pouvait s’y attendre, la surprise n’est pas immense, mais l’émotion, elle, l’est, parce qu’on imagine celle des Cubains que nous avons rencontrés là-bas cet été, qui nous ont accueillis avec tant de chaleur. Nous y étions pour l’anniversaire de la Révolution, le 26 juillet donc. Ce jour-là est férié, mais il n’y a aucune festivité bruyante : pas question à Cuba de dilapider l’argent public en feux d’artifices à la con, l’argent, on le met où il est utile (utile au peuple, j’entends, donc l’école et la santé en premier lieu, je précise parce que c’est pas forcément évident pour tout le monde…)
Les Cubains que nous avons rencontrés aimaient Fidel, le respectaient, et redoutaient son décès, et surtout ses effets. Pour eux, la qualité de vie qui parvenait à se maintenir sur l’île découlait de son intégrité, de son honnêteté, de son autorité. Pas d’angélisme, l’homme était brutal et très critiquable, et nos hôtes le disaient sans détour, mais ils louaient aussi sa droiture, son humanité (je répète les mots entendus) et son caractère incorruptible.
Les reportages se suivent à la télévision, nous revoyons les villes traversées, les rues arpentées, les monuments visités, nous échangeons des sourires, tous les cinq… Mes enfants s’insurgent contre les commentaires orientés des journalistes, et je me dis qu’ils goûtent là la saveur amère de la propagande insidieuse. Ils sont un peu manichéens, mes gosses, un peu excessifs, un peu de mauvaise foi aussi, mais ils sont ados, et j’aime les voir ainsi révoltés, j’aime les voir impliqués, j’aime les voir prendre conscience des rouages compliqués de notre monde.
Nous avons peur pour Cuba, nous aussi. Comme les Cubains avaient peur eux-même de l’après Fidel.

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