Vers une école rentable

Je vous en supplie, dites-moi, criez-moi, hurlez-moi que ce titre vous choque… Dans ce monde uniquement tourné vers le profit à tout prix (c’est le cas de le dire), je perds petit à petit mon sens de l’humour et mon optimisme. Je vois se profiler année après année une orientation pour les services publics qui n’a aucun sens, et j’ai peur pour nos élèves, pour nos enfants, pour notre monde.

Bien-sûr qu’on ne parvient pas à faire de tous ces petits d’excellents lecteurs, des mathématiciens hors pair, des chercheurs futés, des sportifs de haut niveau. Bien-sûr qu’on rame, qu’on mouline, bien-sûr que parfois, on échoue… Bien-sûr que ça crée des souffrances. On travaille avec du vivant, de l’humain, et par définition, l’humain est fluctuant, instable, soumis à des variations, des résistances, des troubles, des défauts. On fait au mieux, partout, en REP, en rase campagne, en ville, en montagne, en vallée, on fait ce qu’on peut, maladroitement peut-être, mais avec de l’enthousiasme et de l’énergie, malgré les bâtons dans les roues qu’on nous lance (effectifs en hausse, moyens en baisse, formation néant, soutien zéro, effets d’annonces permanents et dévastateurs). On réussit, parfois, on se vautre aussi, plus souvent dans certaines zones que dans d’autres, mais on ne ment pas. On ne ment jamais. Qu’en sera-t-il de vos enfants quand il faudra que votre école montre des résultats positifs à tout prix ? Qu’elle soit rentable, c’est à dire que les produits qui en sortent face du bénéfice pour la future société marketing ?

Déjà, elle ne sera plus gratuite, votre école, c’est l’évidence. Ensuite, plus elle sera chère et plus les produits seront haut de gamme, quitte à mentir sur la marchandise, quitte à truquer les évaluations, pourquoi pas ? On ment partout, on triche pour tout, pourquoi pas pour l’école ? Qu’adviendra-t-il de nos petits élèves dys qui ont besoin de temps, de patience, qui peuvent apprendre mais avec une aide supplémentaire ? Temps ? Aide supplémentaire ? Mais… c’est du pognon ça non ? Les parents, ils peuvent raquer ? Oui ? Alors on va truquer son dossier, c’est pas un problème. Non ? Bon, ben, ciao bello, on s’en cogne de ta vie, tu n’es pas rentable.

Vous trouvez que j’exagère ? Vous trouvez que je déraille ? Oui, peut-être… J’ai été fiévreuse ces jours-ci, j’ai sans doute grillé des neurones. Et puis j’ai entendu ce matin que le barge de la Maison Blanche s’amusait à souffler sur les braises d’un foyer déjà bien bouillant, je me suis dit que c’était absolument dingue, que ce mec gouverne le pays le plus puissant du monde. Je me suis dit ça y est, on est vraiment dans Idiocracy

Oui, petite forme pour Camille… Ce matin sur le chemin de mon école qui est encore publique et gratuite, je prendrai peut-être de nouvelles photos, en me disant que quand on aura tout pourri, tout détruit, le ciel, sans nous, continuera d’être beau.

Je crois que c’est le moment de me dire une blague… Je me sens un peu à cran… et mon billet est parti dans tous les sens, pardon…