Vendredi, j’ai fait dentiste comme job.

Oui, je vous avais pas dit, mais maîtresse, c’est pas mon seul métier. J’ai plusieurs cordes à mon arc, sans vouloir me vanter, car il faut nous reconnaître ça, à nous autres enseignants de l’école primaire, on a plein de casquettes différentes. Une qui revient assez fréquemment, c’est celle de dentiste.

C’est que mon public navigue entre 6 et 9 ans,  c’est pile l’age du grand chambardement : tremblez, quenottes, la chute vous guette, et l’enfant n’hésite pas à vous harceler pour que vous rejoigniez plus vite la cagnotte de Dame Souris et surtout que la sienne s’alourdisse de quelques euros  ! (oui, l’enfant est vénal, il faut le savoir c’est un fait, il spécule sur la dent de lait en appelant les grand-parents pour annoncer la bonne nouvelle, il espère plutôt un billet qu’une pièce, et il annonce fièrement le montant de son gain dès le lendemain matin avec des airs de trader, ce petit capitaliste en culotte courte… bref).

Vendredi, donc, il ne s’agissait pas de dents de lait qui tombent inopinément pendant la leçon de grammaire, non, on était dans le domaine de la métallurgie buccale, et malgré l’immense patience du petit monsieur concerné, nous avons frisé la crise de nerfs.

Déjà il est arrivé tout contrit, le pauvre bonhomme : mauvaise nuit, me dit la maman, et mauvais réveil. Le machin a été installé la veille, occupe tout le palais, tire sur les dents pour les amener là où on veut qu’elles aillent, contraint la mâchoire pour lui faire prendre la position requise. Bien-sur, manger est compliqué, parler également, alors… vous m’appelez si vraiment ça va pas ? dit-elle. OK, on va faire au mieux.

Pauvre petit bonhomme… Le cerclage métallique qui entourait sa prémolaire et maintenait l’appareil en place s’est éjecté quatre fois dans la matinée. Je l’ai replacé les quatre fois, il serrait les dents, le pauvre, mais la colle posée par l’orthodontiste était visiblement insuffisante et plaf : « Maitreche !! Cha ch’est encore chorti ! » A chaque fois, une tige de métal menaçait de lui blesser le palais ou la gencive. J’ai appelé la maman à la récré, mais elle travaille, la maman, alors elle a cherché une solution, et en attendant que la solution arrive : cantine, bout de pain, et l’appareil qui saute encore. Excédé, le gosse l’a arraché entièrement, il pleurait, à bout de nerfs, et… comme je le comprends !

Je me demande… oui, je m’interroge sur le bien-fondé de ces appareils dentaires posés à tout va dans les bouches de nos chérubins. Bon, évidemment, il y a les dentitions réellement en vrac, le bordel intégral qui gêne l’alimentation, le langage, et est à l’origine de troubles type maux de tête, de dos, de ventre, mauvais sommeil etc. Là bon, d’accord, c’est compréhensible de rectifier mais… dans beaucoup de cas, est-il vraiment nécessaire de foutre ces ferrailles et ces plastiques dans la bouche de nos enfants, de leur imposer ces souffrances, ces désagréments, cette… torture, oui, j’ose le mot. A l’heure où on tente de résister à toutes ces injonctions de la mode qui nous pourrissent la vie, on devrait s’interroger sur ce passage quasi obligé désormais de l’appareil dentaire. Qui se gave au passage ? Qui se nourrit de notre crainte de voir notre enfant moqué pour ces dents un peu de travers ? Je laisse la réflexion en suspens. J’espère que le petit loup aura passé un bon weekend malgré tout…

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