Ciel d’hiver

Chaque matin, le ciel me ravit. Vous étonnez pas si je vous annonce que j’ai raté le virage, que ma petite vrombissante a échoué dans le fossé gelé, c’est pas prudent de conduire ainsi le nez levé…

Chaque matin, la nature m’éblouit. Mais aussi, parce que je suis ainsi, paradoxale et contradictoire, elle me plonge en perplexité : pourquoi comment combien de temps ? A quoi ça sert tout ce merdier ? Est-ce que je ferais pas mieux de moins m’agiter ? De simplement profiter du vent ? Pourquoi il faut toujours que je mouline, pourquoi j’ai tous ces doutes, et cette infernale sensation d’inutilité ?

Chaque matin, la lune me suit. Suspendue immobile, elle s’offre un rab de lumières, du bleu du rose du doré, elle résiste bravement au jour qui la chasse, elle tient courageusement sa place, j’admire sa ténacité.

Hier matin, je me suis arrêtée. Tant pis pour les photocopies, pour le timing inévitablement serré. J’arriverai juste à temps pour ouvrir le portail, une nuée de gosses se précipitera pour les premières glissades sur le bitume gelé, et ce sera le début du grand tintamarre. Je m’offre un temps de silence, précieux, avant que ça démarre. Voilà, je me gare. Mes semelles froissent les herbes blanchies du bord du chemin. Je me place, je choisis l’angle, le cadre, et je déclenche. Un morceau de beauté volée, un morceau de temps escamoté.

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