Stéréo-types, stéréo-filles

Chaque année, à un moment ou à un autre, je me retrouve à gérer en classe un débat autour de la jupe masculine. Je ne le fais pas exprès, je vous jure, je ne le programme pas dans mon cahier journal, je n’en fais ni un challenge, ni une obsession, mais ça revient régulièrement, c’est comme ça. Bon allez, soyons honnête, je reconnais que je saute sur l’occasion dès qu’elle se présente, parce que je trouve que c’est un moyen assez subtil de les amener à s’interroger sur les dogmes, les carcans, les codes, les règles imposées auxquelles on se soumet sans même en être conscients, et de réaliser à quel point il est difficile d’aller à contre-courant même quand on le voudrait. Ma petite contribution éducative pour tenter d’éviter la déviance vers un état ovin définitif pour ces adultes en devenir (modestement, je ne me prends pas moi-même pour une louve, je fais au mieux).

Alors voilà, la première réaction quand on évoque la possibilité de mettre une jupe quand on est un mâle humain est toujours la même (filles et garçons confondus) : éclats de rire gênés, non mais n’importe quoi, maîtresse, tu débloques, ahaha, elle est trop marrante cette maîtresse, keskons’marre. Ils s’attendent à ce que j’éclate de rire aussi, ils pensent tous que je vais me taper sur les cuisses pour accompagner la bonne blague que je viens de leur faire. Mais moi, je prends un air surpris, je leur rappelle que les gladiateurs avaient des jupes, les vikings aussi, ainsi que les guerriers africains ou chinois, et que dans beaucoup de cultures dans le monde, aujourd’hui encore, la jupe ou la robe sont des vêtements masculins tout à fait ordinaires. Je prends exprès des exemples très virils. Et puis je glisse sur l’interdiction des pantalons pour les filles en France autrefois, la lutte féministe sur ce point qui démarre dans les années 20 et qui n’est totalement gagnée que dans les années 70 (ébahissement général quand je leur dis que ce n’est pas si vieux, puisque moi-même je suis née en 1973). Je leur parle aussi du confort, je fais dire aux petites nanas à quel point la jupe en été, c’est quand même drôlement plus pratique et tellement plus frais, et pourquoi, hein, pourquoi les garçons n’auraient pas droit à ce confort ? C’est débile, c’est injuste, vraiment ! Je termine en espérant à haute voix que M’Bappé se mettra à porter des jupes pour lancer la mode (coups d’œil complices entre les petits mecs, ils s’étaient un peu endormis sur ce débat qui les dépasse, j’en suis consciente, l’évocation de Kylian-ce-héros les réveille d’un coup). Je n’obtiens jamais l’adhésion totale, je ne la cherche pas d’ailleurs, il s’agit de mon avis et ils n’ont pas l’obligation de le partager (ça aussi je leur dis souvent), mais je sème des petites graines de réflexion, en espérant très fort que ça germera tranquillement : on peut remettre en question ce qui paraît ne pas pouvoir être remis en question.

Je signale au passage la sortie du court-métrage La jupe d’Adam, que vous pourrez voir sur Canal+ à 6h10 demain 7 janvier et le 24 janvier à Paris au Mk2 Quai de Loire. Je ne l’ai pas encore vu, je ne sais pas si mon billet est totalement raccord avec le film, mais j’ai dans l’idée que oui, et comme j’avais envie de parler de ça… Parce qu’il y a un autre truc que je n’ai pas dit… Il ne s’agit pas juste d’une avancée sur les carcans sexistes pour moi, c’est pas juste pour faire genre, c’est aussi que les mecs en jupe, ça me fait kiffer, je trouve que ça booste le sex-appeal, vraiment ! Donc M’Bappé chéri, si tu me lis, je t’en prie, fais un truc pour moi : achète-toi une jupe, et porte-la.

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