Magie de Noël…

En fin de journée, hier, au moment d’écrire les devoirs, j’ai eu une seconde d’hésitation pour trouver la date de lundi. Immédiatement, les détenteurs d’agenda m’informent : lundi 2 décembre, maîtresse ! Ah oui, tiens, décembre, déjà bon sang… Je sens frémir dans mon dos l’excitation qui démarre aujourd’hui grâce à ce minuscule fait d’arme (écrire décembre pour la première fois dans le cahier de texte) et ne cessera de croître jusqu’au passage du Tant-Attendu. Vivement janvier.

Les devoirs écrits, les affaires rangées, les voilà qui s’en vont vers le vestiaire. Je surveille les retardataires, dont un petit loustic qui termine de préparer son cartable. Il me sourit en fermant ses trousses et ses yeux pétillent un peu plus encore que d’habitude. Celui-là a la coquinerie qui lui perle jusqu’au bout des cils. Deux fossettes de sourire qui ne disparaissent quasiment jamais. Une bonne humeur à toute épreuve.

– Ça te tarde pas le un décembre, toi, maîtresse ?

– Oui, bien-sûr, et toi, ça te tarde ?

– Ah oui, parce qu’on va manger un chocolat tous les matins et on va compter les jours, c’est trop super !

Il se lèche les babines sur tout le pourtour et se frotte le ventre en même temps, et puis il éclate de rire. Il est heureux. D’y penser, à ce calendrier de l’avent et ses petits chocolats quotidiens, et puis de penser à tout ce que ça signifie pour la suite, à cette multitude de petits bonheurs pendant ce mois spécial, chaque année alourdi de cette interminable attente, délicieuse frustration pleine d’espoirs qu’on caresse avec joie. Il pense à tout ça, et il pétille de partout.

J’aime pas trop, moi, tout le tintouin autour des fêtes de fin d’année. Je fais partie des personnes que ça angoisse. Mais bon, je reconnais que là, le bonhomme m’a prise de court. Il m’a fauché la mauvaise foi, avec sa joie franche et saine. Je m’en suis voulu de cette résistance, de cette méchante tendance rabat-joie dont j’aie pu faire preuve parfois. C’est quand même trop joli, ces paillettes dans les yeux des enfants… Ou alors, je me ramollis. Oui, ça doit être ça, je deviens sirupeuse… P’tain, ça promet pour mes vieux jours… Dix ans de plus et je pleure devant les téléfilms de Noël.