Nos enfants ont peur…

J’ai chopé le billet sur twitter. Je ne résiste pas à l’envie de vous le donner à lire, même si mon blog n’a pas vocation à être politisé. Parce que je suis accablée. Et je suis comme cet étudiant, j’ai une trouille bleue pour eux.

peur

Glaçant, non ?

Des grèves, des manif, des résistances, dans ma vie d’étudiante puis d’enseignante, j’en ai suivies quelques unes, croyez-moi. Je n’ai jamais hésité, quand le combat me paraissait légitime, à descendre dans la rue pour le clamer avec ceux qui pensaient comme moi. Je n’ai jamais hésité non plus à emmener mes petits avec moi. Ma seule crainte était de les perdre dans la foule, alors je leur avais fabriqué de petites cartes d’identité plastifiées, accrochées à leur veste. Un bébé en écharpe, un autre dans la poussette, ma grande tenue fermement par la main. Pas génial pour fuir, pour courir. Pas super pour essuyer des gaz lacrymogènes, des mouvements de foule. Est-ce à dire que j’avais alors foi dans les forces de l’ordre de mon pays, mon beau pays démocratique et libre ? J’allais être respectée, c’était une évidence. Pas forcément entendue, ça d’accord, mais maltraitée non, pas en France !

Aujourd’hui, ma fille a vingt ans. Elle faisait partie des étudiants qui ont occupé la Sorbonne. Elle fait partie de ces agitateurs professionnels qu’évoquait Manu lors de son intervention télévisée de l’autre soir. Elle lutte avec ses copains pour que les générations futures puissent accéder à l’université librement. Donner sa chance à tout le monde. Perso, si la réforme avait existé quand j’avais son âge, je n’aurais peut-être pas pu entrer à la fac. Mon dossier était limite, passable, genre « doit faire ses preuves à l’examen », vous situez ? Ben oui, à 18 ans, j’étais canaille et j’aimais faire la fête. Et puis aussi, je travaillais déjà, animatrice, tous les mercredis, toutes les vacances. Je voulais être instit’, je voulais bosser avec des enfants, et démarrer au centre aéré, ça me paraissait couler de source. Je ne serais jamais devenue instit’ dans le monde d’aujourd’hui. Ç’eut été fort dommage, je trouve.

Donc ma fille a vingt ans. C’est une grosse bosseuse, pas du tout le profil de sa mère. Elle y est déjà, à la fac, donc, je me répète, elle et ses copains luttent pour les autres, ceux qui viendront après. Notez bien leur altruisme, certains pourraient en prendre de la graine. Mais depuis quelques temps, j’ai peur pour elle. J’ai peur parce que je vois des images terrifiantes. Parce qu’elle me raconte des choses terrifiantes. Me montre des photos qu’elle a prises elle-même ou que ses amis lui font passer. J’ai peur parce que j’entends les informations à la radio, à la télé, et que je constate à quel point ces informations nous manipulent et nous conditionnent. Ceux-là même qui parlent de lutter contre les fausses infos qui circulent, vous voyez qui je veux dire ? Ceux-là même nous mentent, ou font mentir pour eux, à longueur de journaux télévisés.

Elle est revenue de l’évacuation de sa fac avec un énorme hématome sur la cuisse, bousculée par un de ceux qui sont chargés d’assurer notre sécurité. A Tolbiac, ces gosses avaient organisé des AG, des projections de documentaires et de films, des débats, des services de rédaction, et aussi des tours de vaisselle, de ménage, de ravitaillement. Je ne crois pas que ça démontre une volonté de casser gratuitement. Ils ont tagué, oui, sur des murs vétustes. Cette fac est pourrie, tout le monde le sait. Quelques actes de vandalisme isolés ont été reconnus et sévèrement condamnés par le mouvement (à la Sorbonne « mère », lieu magnifique et chargé d’histoire, aucune dégradation n’est à déplorer : les gosses respectent ce qu’il y a à respecter). Ils ont fait la fête à Tolbiac, et ces images-là ont tourné en boucle pour démontrer leur immaturité, pour ne pas dire leur débauche. Moi aussi, j’ai trouvé que ça ne jouait pas en leur faveur. Mais, bon… ils ont vingt ans !

Les CRS sont entrés en pleine nuit avec des béliers, des scies circulaires, des haches. Ils ont fait du dégât pendant et après l’évacuation. 150 mecs bien équipés ont sorti 50 mômes qui dormaient. Ils ont trouvé le moyen d’en blesser quelques uns, parce qu’ils résistaient  pacifiquement en se tenant les uns aux autres.

On veut leur faire peur ? But atteint. Nos jeunes ont peur de leur gouvernement, de la police de leur pays. Ils n’ont plus confiance non plus dans les médias. Et moi, je trouve que ça pue…