Sexisme bienveillant (hum, hum…)

Il y a longtemps que je n’ai plus écrit d’anecdotes de classe. Pas que la vie de mon petit monde soit devenu morne (on ne s’ennuie jamais dans une école), mais il est vrai que je prends moins le temps de mettre les aventures de mes trublions en textes pour le blog. Certains autour de moi me le réclament vigoureusement, alors voilà : vie d’instit le retour.

Hier nous étions en séance de sport (endurance pour être précise) et j’avais mis en place un jeu pour motiver les troupes. Deux équipes, des spots plus ou moins éloignés pour gagner plus ou moins de points, avec des petits papiers de couleur distribués par les gosses de l’équipe qui ne court pas. Chaque ticket ramené au point de départ prouve qu’on a fait tel ou tel trajet, les papiers blancs faisant foi du trajet le plus long et rapportant 20 points d’un coup, le trajet « repos », 15 mètres en marchant, rapportant 1 point. Ensuite on change d’équipe et on recommence, zavez compris ? Ok je poursuis.

Je reste pour ma part à la réception des tickets, au chronomètre et à l’encouragement de tout un chacun (et chacune ça va sans dire). Au bout d’un moment, je m’aperçois que certaines filles déposent 2 tickets blancs en même temps. Keusseucé ? dis-je. Pourquoi donc 2 tickets d’un coup ? La petite à qui je m’adresse ne prend pas le temps de répondre, elle est déjà repartie (vers les tickets blancs, pas folle la guêpe, elle a la gagne, quitte à tricher) mais une autre arrive et m’informe : Paul il donne deux tickets aux filles, il dit qu’il faut nous encourager parce qu’on a plus de mal.

J’ai ôté les tickets en trop, attendu la fin de la partie et fait une leçon anti-sexiste et souriante à ce petit bonhomme tout rempli de bonnes intentions mais parfaitement à côté de la plaque. Le même, lors d’une thèque avant les vacances, avait confié la balle à la camarade qui devait tirer en lui disant : « Fais comme tu peux, t’inquiète, c’est mon tour après, je rattraperai. »

C’est tellement mignon… Non ? Ah ben non, effectivement, pas mignon du tout, même si c’est sans volonté de nuire. On le sait bien que l’enfer est pavé de bonnes intentions ! La petite qui a reçu ce conseil pendant la thèque, doit-elle se sentir soutenue ou humiliée ? Comment va-t-elle réagir à la longue, considérée à priori comme incompétente ? Pourquoi doit-elle prouver sans cesse ses qualités, son savoir-faire, quand les petits mecs ne se posent jamais la question ? Je le constate régulièrement pendant les séances de jeux collectifs : lors des points décisifs, certaines filles donnent d’elles-mêmes le ballon aux garçons, à n’importe quel garçon, convaincues qu’elles vont faire perdre leur équipe… Pas toutes, heureusement, mais certaines, et cette réaction n’arrive jamais aux petits boys, même quand ils sont malhabiles et tirent comme des patates.

J’ai dit aux filles qu’elles n’auraient pas dû accepter, j’ai dit à Paul qu’il n’a aucune raison de penser que les filles sont moins capables, et je suis passée à la deuxième équipe et la suite du jeu. On n’en fait pas une affaire d’état non plus, mais un billet pour le blog oui. Et je le dis : on a encore du taf.