Paraît que je suis de droite !

L’autre jour, en écoutant l’émission « Par Jupiter » (France Inter) dont l’invitée était l’actrice Anne Marivin, j’ai entendu une remarque qui m’a laissée sulcul… Il était question (sujet hautement improbable comme ils savent le faire) de la répartition des élèves en équipe lors des cours d’EPS par les professeurs ou par les autres élèves, du traumatisme de « ne pas être choisi » et des souvenirs pénibles que nous en avons pour certains d’entre nous.

Anne Marivin répondait qu’il fallait peut-être cesser de vouloir absolument éviter aux enfants de vivre des choses un peu inconfortables, voire carrément désagréables, que c’était important de rencontrer des situations frustrantes, que c’était ça la vie en somme. Comme je suis d’accord, j’ajouterais qu’avoir fait ce genre d’expériences en toute sécurité quand on est petits permet peut-être de le surmonter tout seul et sans trop de dommages quand on est grand… Je parle en connaisseuse, je faisais plutôt banquette, moi, pendant les cours de sport (ou pendant les boums vu que c’était toujours Magalie qui était invitée la première, ça m’a minée sur le coup, mais je m’en suis remise).

Comme la comédienne insistait en disant que les enfants ont besoin d’être frustrés, de batailler un peu dans la vie, de faire des efforts, d’attendre, etc, les autres, dans l’émission, l’ont taxée d’être de droite. Je vois pas bien le rapport, si quelqu’un peut éclairer ma lanterne…

Ce qu’il faut comprendre, c’est que les enfants veulent deux choses : être avec leur meilleur copain et gagner coûte que coûte. Ça ne leur pose pas de problème de mettre tous les garçons CE2 face à toutes les petites demoiselles CE1, et de les écraser sans qu’elle puissent ne serait-ce que voir passer le ballon. Et moi, je ne veux qu’une chose, que tout le monde progresse dans la compétence que je travaille ce jour-là (je comprends vraiment rien aux lois de la compétition, comme vous pouvez le constater).

Donc, pour faire les équipes, je varie les techniques.

  • Technique autoritaire : c’est moi qui décide et que j’entende personne râler.
  • Technique rapide : mettez vous en rang par deux, je coupe le rang dans la longueur, ceux de droite/ceux de gauche (ce qui met généralement les meilleurs copains face à face, et les fait hurler à l’injustice, mais je m’en fous)(je suis cruelle).
  • Je choisis deux gamins, qui choisissent les deux suivants, lesquels choisissent les deux suivant etc. (la meilleure technique à mon avis, mais un peu long et il reste toujours un dernier à être choisi, que je nomme parfois comme arbitre, ce qui fait hurler les autres de jalousie, ils veulent tous être arbitres).

Quoiqu’il en soit, on ne vit pas chez les Bisounours, et je n’empêcherai pas Luigi le super compétiteur qui joue là une finale olympique de ballon prisonnier de se sentir accablé d’avoir dans son équipe Miranda qui fait ce qu’elle peut mais a peur du ballon ou Claudius qui a omis de se sentir concerné (on joue à un truc ? ah bon…) De toute façon, quand je fais des groupes d’écriture ou de recherche en maths, les mêmes casse-têtes reviennent : Zoé en a marre de se fader Chouinchouin dont la motivation avoisine le zéro absolu ou Sigmund qui ne laisse personne tenir le stylo et cache même de son bras le travail censé être collectif. Et ça se termine parfois à la gifle… oui, c’est pas bien, on ne cautionne pas les brutalités infantiles, jamais, mais avec les collègues on appelle ça le principe de réalité : quand tu lourdes ton monde il peut y avoir des retours, parfois assez expéditifs et souvent plutôt cinglants. Ça fait rire quand c’est dans La guerre des boutons et ça affole quand c’est dans la cour de mon école, mais ceci est un autre sujet.

Voilà. On apprend, on grandit, c’est un peu douloureux parfois, ça pousse aux coutures, mais c’est la vie.