Harvard ou Princeton ?

Les lettres arrivent, certains ont déjà reçu la leur, d’autres pas encore. Ça chuchote dans les couloirs, ça devise, ça s’inquiète, ça compare, ça suppute. Les students sont sur les dents : seront-ils acceptés dans l’établissement visé ? Les parents se rongent les sangs : qu’est-ce qu’on fera si ça ne marche pas ? On scrute le dossier, le fameux dossier qu’on nous a demandé de présenter, on tente de déterminer ce qui pourrait valoir un refus. Les atouts les faiblesses du (de la) candidat(e). On dirait que c’est bien… à vue de nez… le niveau a quand même l’air solide, non ? On cherche à se rassurer. Puis soudain, l’angoisse remonte quand on se dit que d’autres sont sans doute bien meilleurs, ailleurs. La concurrence est rude, les places sont chères, et le plan B n’est pas envisageable.

Le plan B, c’est le collège de rattachement, le collège public, le gros bahut du coin. Et les flippés du paragraphe au-dessus, ne sont pas des étudiants américains de 18 ans, mais nos élèves de 10 ans, dans notre petite école tranquille, dans notre petit village sympa, dans notre petit coin de France tellement cool. Nos petits loupiots de 10 ans (10 ans !) qui préparent leur entrée au collège. Privé, de préférence, le collège. Le gros bahut, le public, il est vraiment très gros. Il y a des rumeurs. Enfin, il y a eu des rumeurs. Tenaces, les rumeurs.

Moi, je n’ai rien contre les établissements privés, le choix est libre (Toujours tu chériras la liberté, n’est-ce pas ?). On peut avoir envie d’un enseignement religieux, d’une pédagogie particulière, on peut avoir des raisons liées à la facilité de transport, ou un choix à faire face à une situation familiale spéciale ou délicate. Chacun ses raisons, chacun son chemin. Ce qui me contrarie c’est que le choix se fait sur la base de préjugés sans fondement. Voire mensongers. Nous, en toute franchise, le collège du coin, on l’aime beaucoup. On a confiance dans les collègues, ils assurent, ils sont dynamiques, motivés, et ceux de nos élèves qui y vont sont super ravis. Et puis rester avec ses potes de l’école primaire, à l’heure du grand saut en sixième, ça me paraît important. Enfin, chacun fait comme il le sent avec son mouflet, je trouve ça dommage mais ce n’est pas mon enfant.

Ce ne sont pas mes enfants, mais ce sont mes anciens élèves. Depuis la maternelle, on leur apprend le contraire de ce qu’ils vivent avec cette sélection sévère, cette pression au résultat, la compétition féroce, l’inévitable jalousie, la terrifiante inquiétude parentale.

J’aime pas ce qu’on leur fait vivre là.